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Rama Yade: "Il y a une forme de libération de la parole machiste"

Rama Yade, invitée de RMC lundi, fait partie des 17 anciennes ministres à avoir signé dimanche une tribune pour dénoncer le sexisme en politique. Après les révélations autour des agissements de Denis Baupin, elle souhaite que "la peur et la honte changent de camp".

Elles sont 17 ministres à dire stop au silence et à l'impunité. Dans un appel publié dans le JDD, elles expliquent qu'elles dénonceront désormais "systématiquement" le sexisme en politique. Une tribune déclenchée après les accusations de membres d'EELV qui ont accusé Denis Baupin de harcèlement et d'agressions sexuelles. "Avec cette affaire, on a franchi un palier supplémentaire", constate Rama Yade.

"Le nombre de femmes qui témoignent est impressionnant, elles le font à visage découvert. Parmi elles il y a des élues, des députées, donc ce ne sont pas des femmes rendues vulnérables par la confidentialité de ce qui leur est arrivé", souligne la présidente du mouvement "La France qui ose".

Rama Yade a d'ailleurs écrit en 2015 un livre sur le machisme en politique. "On pensait qu'avec l'arrivée des femmes en politique en plus grand nombre les choses allaient s'améliorer et en fait non. Il y a une forme de libération de la parole machiste. Simone Veil avait attribué ça au fait que ces hommes-là, une certaine catégorie, avaient peur de voir leur pouvoir contesté. D'autres ont dit que le pouvoir se dévirilisait avec l'arrivée des femmes", explique Rama Yade.

Un problème "générationnel"

Mais pour elle, le machisme en politique vient surtout d'un problème "générationnel".

"Nous avons des hommes qui pour certains ont été élus depuis 20, 30, 40 ans dans les assemblées et qui ont été élus à une époque où les femmes n'avaient pas le droit d'avoir un chéquier sans l'autorisation du mari. Et arrivent des femmes qui n'ont pas connu cette époque et elles-mêmes sont les premières surprises d'entendre des remarques d'un autre temps", poursuit l'ancienne ministre.

Derrière le harcèlement et parfois les agressions sexuelles, vient la peur de parler. Cette peur existe en politique, explique Rama Yade, mais évidemment aussi dans le monde du travail. "Pour les femmes qui sont des salariées, le risque c'est la perte de son emploi", tandis qu'en politique "le risque de représailles, c'est la privation d'investiture pour les élections suivantes, la perte de son mandat". Rama Yade souhaite que désormais "la peur, la honte changent de camp" car pour elle, les femmes qui témoignent "sont des combattantes".

C. B