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Réforme de l'orthographe: "C'est aberrant", s'insurge une enseignante

TEMOIGNAGES - Ognon, nénufar, disparition d'accents circonflexes: une réforme facultative de l'orthographe actée par l'Académie française il y a 26 ans, mais passée largement inaperçue, a créé une polémique jeudi à l'occasion de sa prochaine généralisation dans des manuels de primaire. RMC est allée demander aux élèves ce qu'ils en pensaient.

Les puristes de la langue française vont devoir tourner sept fois leurs stylos avant d'écrire. En effet, 26 ans après sa validation par l'Académie française (1990), la réforme de l'orthographe entre dans les manuels scolaires à la rentrée 2016-2017. Désormais, l'accent circonflexe sur le "u" et le "i", le trait d'union des mots composés et d'autres subtilités orthographiques ne seront plus obligatoires. Au total, 2.400 mots sont concernés par cette simplification.

Passée largement inaperçue à l'époque, cette réforme a créé une vive polémique jeudi sur les médias, les réseaux sociaux et jusqu'au sein des écoles. Exemple à Toulouse, où RMC a demandé à Jenna-Loup, élève en classe de CM2 d'orthographier le mot "oignon". Pour elle, pas de problème. Mais à la rentrée, il sera possible de l'écrire sans le "i". Ce qui dérange Didier, le père de la petite fille: "Elle a déjà appris dans un système, elle va devoir réapprendre dans un autre…". "Du coup, on aura des points en moins pour rien", déplore Jenna-Loup.

"Il faut laisser de la difficulté"

Pour sa part, Adrien, un élève malin de CE2, a déjà anticipé la nouvelle orthographe du mot "nénuphar" puisqu'il l'épelle avec un "f", "parce qu'avec 'ph' c'est compliqué", justifie-t-il. Et d'avouer: "Je suis pour la simplification de l'orthographe". Julie, sa maman, elle, est dubitative: "Cela me complique plus les choses que cela me les simplifie parce que moi j'ai appris comme ça. Il y a une tradition, les mots ont une histoire. Souvent il y a des racines grecques ou latines, il y a donc une certaine logique dans leur orthographe".

Chez les enseignants, Caroline Macabéo ne comprend pas: "Je trouve ça aberrant. Je ne vois pas pourquoi on changerait les mots et leurs origines avec une orthographe qui doit, soit disant, être simplifiée". Michel Manière, lui aussi enseignant, va plus loin: "C'est une bonne chose si on ne touche pas à la charpente de la langue. C'est-à-dire qu'il faut laisser de la difficulté pour laisser vivre une belle langue comme la nôtre".

"Comme si on faisait passer la Révolution française en 1800"

Julien Soulié, professeur de Lettres Classiques à Lille et auteur de plusieurs ouvrages dont L'orthographe pour les Nuls estime pour sa part que l'"on perd certaines choses avec cette réforme qui me semblent importantes dans l'orthographe et la langue française. Celle-ci a une histoire plurimillénaire et en supprimant certains signes comme l'accent circonflexe, on se coupe d'une partie de cette histoire".

Et d'imager: "C'est un peu comme si on faisait passer la Révolution française en 1800 parce qu'il est difficile de retenir 1789. Quand les élèves ont une difficulté au lieu d'essayer de prendre le temps de leur enseigner, de leur expliquer d'où cela vient, on préfère casser le thermomètre plutôt que de soigner le malade".

M.R avec Julien Coudrot et Jean-Wilfried Forquès