RMC

"Ça ne va pas inciter à la vigilance": la levée du port du masque dans des lieux soumis au pass sanitaire inquiète

La crise sanitaire va-t-elle tuer la salle de cinéma ?

La crise sanitaire va-t-elle tuer la salle de cinéma ? - Pixabay

Alors que le pass sanitaire s'invite à l'entrée de nombreux lieux recevant du public, le masque lui s'envole, désormais plus obligatoire dans les théâtres et les cinémas notamment. Au grand dam de certains médecins et des professionnels du secteur.

C'est un soulagement pour Florian et son amie, ils vont enfin pouvoir respirer librement au théâtre : "C’est top, on est pas du tout stressés". Mardi, le ministre de la Santé Olivier Véran a annoncé, la levée du caractère obligatoire du port du masque à l'intérieur des lieux soumis au pass sanitaire comme les cinémas et les théâtres. C'est un ouf de soulagement d’autant que certains l’enlevaient déjà sans présenter de pass: "Il vaut mieux que le contrôle soit fait avant avec le pass sanitaire valide plutôt que de dire à tout le monde de rentrer et de prendre le risque que certains l’enlèvent à l’intérieur".

Même constat pour Bernard et Claudine, le pass sanitaire obligatoire les rassure, pouvoir enlever le masque est une belle récompense : "On respire mieux", assure Claudine. "S’il y a des contrôles qui sont faits avec un pass sanitaire, cela me va très bien", assure Bernard.

Quelques mètres plus loin cependant, pas question pour Sandrine d'enlever son masque : "Je garde mon masque même avec mon pass sanitaire. Je suis dans un lieu clos à proximité de gens, on peut être vacciné mais porteur du virus et ce n’est pas compliqué de porter le masque".

Directeur de six théâtres à Paris, Jean-Marc Dumontet n'a pas sauté de joie en apprenant cette nouvelle et appelle toujours à la prudence: "On est dans une situation d’accélération de la propagation de ce variant. Conserver un masque dans un endroit où le pass sanitaire est imposé, c’est une précaution supplémentaire, continuer les sacrifices m’apparaît être une marche supplémentaire vers la libération totale".

>> A LIRE AUSSI - "J'ai plus de 700 euros de frais pour l'instant": comment les cinémas s'organisent pour contrôler le pass sanitaire?

"Je ne vois pas l'intérêt de cette mesure-là"

Même son de cloche pour Jocelyn Boussy, le directeur général du réseau CGR-Cinémas: "Je ne vois pas l'intérêt de cette mesure-là maintenant alors qu'on nous parle de gravité. Il n'y a jamais eu de cluster dans les salles de cinémas mais c'est au moment où cela se complique que le masque n'est plus obligatoire", assure-t-il.

"Moi je ne veux pas prendre la responsabilité qu'il y ait un risque éventuel. Je crains que dans quelques semaines ils nous disent de le remettre. Je ne pense pas qu'enlever le masque au cinéma soit la priorité", ajoute Jocelyn Boussy.

Une décision prise beaucoup trop tôt pour le médecin Luc Duquesnel. Symboliquement, cette mesure pourrait être contreproductive : "Finalement cela nous alerte sur le fait que le virus est toujours-là. Or penser que l’on peut quitter le masque cela laisse penser que le Covid-19 est derrière nous. J’ai été très surpris de cette mesure qui ne va pas amener la population à la vigilance en cette période. J'ai l’impression qu’il y a eu un gros loupé quand même".

Localement, les exploitants de salles pourront décider du maintien de l'obligation du masque. Quant aux employés des lieux soumis au pass sanitaire, ils devront eux obligatoirement continuer à le porter et ce, jusqu'à nouvel ordre.

>> A LIRE AUSSI - Flambée des cas: "Si les hospitalisations n'augmentent pas, c'est que la population est vaccinée"

Anne-Livia Tollinchi et Mahauld Becker-Granier (avec Guillaume Dussourt)