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Campagne polémique sur le sida: "sur ces sujets-là on a une montée en puissance de l'homophobie"

Une des photos de la campagne de l'association Aides.

Une des photos de la campagne de l'association Aides. - Aides.org - TBWA/Paris

Après la campagne du gouvernement pour la prévention du sida, bloquée par certaines mairies, celle de l'association Aides a elle aussi été victime d'attaques. Sa page Facebook a été bloquée lundi suite à un afflux de signalements Sur RMC.fr, Aurélien Beaucamp, président de Aides, dénonce l'hypocrisie de ses détracteurs.

Aurélien Beaucamp, président de Aides.

"L'idée avec notre campagne n'était pas de faire de la surenchère. On y travaille depuis cet été et elle n'a rien à voir avec celle du gouvernement. On ne sort pas une campagne à trois jours près sur la même thématique, sachant que nous ne sommes pas du tout sur le même message. Ça fait 8 ans qu'on a cette évidence scientifique qui démontre qu'une personne sous traitement ne véhicule plus le VIH, et qu'on communique sur ce message. Mais l'information ne passe pas dans l'opinion publique, donc notre rôle à nous, c'est de taper fort, avec des messages forts pour la faire passer.

En même temps je ne vois pas ce qui est choquant. On vit dans une société consumériste où on vend de la nourriture, des fringues ou des voitures avec du nu et du sexe, avec des hommes et des femmes dans des positions dégradantes... Donc c'est être hypocrite de dire que ça choque à partir du moment où on parle de santé.

A un moment, il faut dire la vérité et parler de la réalité de l'épidémie et des discriminations que vivent les personnes atteintes du sida.

"Depuis quelques mois, ça s'est clairement durci"

Il y a eu la Manif pour tous, qui a libéré la parole homophobe – même si elle s'en défend -, mais depuis quelques mois ça s'est clairement crispé. On a eu notamment une campagne politique qui s'est durcie en terme de conception sociétale, et ça s'est compliqué pour nous, associations. On arrive à un paroxysme avec cette campagne du gouvernement.

Après ce qui me choque, c'est que sur ces sujets-là, qui traitent de santé publique, de VIH, on a une montée en puissance de l'homophobie, et par contre, ceux qui nous critiquent, on les entend beaucoup moins sur les publicités avec du nu et du sexe. Pour moi ça relève d'une hypocrisie. Même chose quand ceux qui dénoncent nos campagnes parlent de protection de l'enfance. C'est de la responsabilité des parents de vérifier ce que vont voir leurs enfants. Vous allez sur internet ou vous ouvrez n'importe quel magazine, vous voyez des choses pires. Donc l'excuse des enfants, c'est un faux argument.

Nous, on va continuer à se battre contre les discriminations, pour promouvoir la santé et lutter contre les épidémies. Et puis proposer une société où tout le monde puisse être entendu dans le respect des uns et des autres. Le plus important, encore une fois, c'est que le message passe".

Propos recueillis par Philippe Gril