RMC

Covid-19: "Dans mon service, 40% du personnel infirmier a donné sa démission", confie le chef de la réanimation à l'hôpital Lariboisière

DOCUMENT RMC - Sur RMC, Bruno Mégarbane alerte sur de nombreux départs à venir dans son service alors qu'aucune amélioration des conditions de travail n'a été faite malgré des vagues épidémiques meurtrières.

A l'occasion d'une énième prise de parole présidentielle ce lundi, le président de la République pourrait annoncer de nouvelles mesures deux semaines seulement après la fin de la majorité des restrictions alors que le variant Delta menace. Emmanuel Macron pourrait notamment parer la vaccination d'un caractère obligatoire pour les soignants, alors que 57% des professionnels de santé travaillant dans les Ehpad sont vaccinés, et 64% de ceux travaillant à l'hôpital.

>> A LIRE AUSSI - Vaccination obligatoire pour les soignants, pass sanitaire étendu, retour du masque: ces décisions déjà prises avant l'allocution d'Emmanuel Macron

Une décision à double tranchant. Car cette décision risque de pousser beaucoup de soignants opposés à une éventuelle vaccination contre le Covid-19 à démissionner alors que les effectifs sont déjà exsangues. Car la situation à l'hôpital public ne s'améliore pas malgré les différentes vagues et déjà, des départs sont prévus:

"Dans mon service, 40% du personnel infirmier m'a donné sa décision de quitter le service entre septembre et décembre prochain", alerte Bruno Megarbanne, chef du service de réanimation à l'hôpital Lariboisière à Paris.

Il estime qu'une obligation de la vaccination ne provoquerait pas forcément une fuite en plus, estimant qu'ils sont déjà épuisés et ont déjà acté leur départ:

"Ces personnes partent parce qu'elles sont épuisées, n'ont pas eu l'impression d'avoir eu une reconnaissance à la hauteur de leur investissement et leur paye est toujours la même. Ils n'y aucune reconnaissance de leur spécificité technique en réanimation. Ils quittent le service avec le même diplôme qu'il y a cinq ans et un salaire qui a très peu progressé. Il n'y a aucune perspective d'évolution pour ces personnels paramédicaux".

>> A LIRE AUSSI - Vaccination obligatoire pour les soignants: "Le personnel soignant est le plus protégé", assure Eric Coquerel qui plaide pour un débat sur une obligation générale

"Une catastrophe sanitaire à venir pour le nord de Paris"

"Il y a une mauvaise perspective de fermeture de lit. C'est ça le danger à l'hôpital public. Quand nous réduisons le personnel, nous fermons des lits et la charge de travail augmente sur le personnel qui reste. Ce personnel est encore plus fatigué, on se retrouve dans un cercle vicieux qui entraîne la dégradation totale des conditions de travail à l'hôpital", alerte le praticien.

Pire encore, il estime qu'aucune leçon n'a été tirée de la crise:

"Les hôpitaux du nord de Paris, Beaujon, Bichat et Lariboisière sont en cours de réaménagement avec de nouveaux bâtiments. Mais 20% du capacitaire de ces hôpitaux va être supprimé, y compris des lits de réanimation. Nous n'avons tiré aucune leçon de la crise. Les programmes d'avant épidémie nous sont ressortis du placard. On retourne à des logiques comptables, c'est une catastrophe sanitaire à venir pour le nord de Paris", dénonce-t-il.

Pessimiste, Bruno Megarbane craint que ce délitement des soins ne profite au secteur privé et voit l'hôpital public à l'aube de jours très sombres qui pourraient même provoquer son écroulement.

>> A LIRE AUSSI - Son père est mort après avoir contracté le Covid-19 à l'hôpital: Johana réclame la vaccination obligatoire pour les soignants

Guillaume Dussourt