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Des soignants en burn-out après l'épidémie de Covid-19

Document RMC - Il semble loin le temps des confinements. Mais cette douloureuse période reste en tête de nombre de soignants qui n'ont pas supporté la charge de travail. En burn-out, certains sont hospitalisés. RMC s'est rendu dans un établissement spécialisé qui soigne les soignants.

L'épidémie de Covid-19 semble loin dans les têtes et les esprits. Pourtant, il y en a qui n'ont rien oublié des premières vagues, traumatisantes : les soignants. En première ligne, certains d'entre eux, n'ont pas supporté la charge de travail, et se sont retrouvé en burn-out.

À 30 kilomètres au nord de Paris, à flanc de colline, au milieu des bois, la bâtisse ressemble à une paisible maison de repos, avec de grandes baies vitrées. C'est une clinique pour soignants. Actuellement ils sont six Ils sont urgentistes, infirmiers, ou médecins généralistes à y séjourner depuis plusieurs semaines. Tous ont fini épuisés par la charge de travail pendant cette épidémie de Coronavirus.

"Les gens consultaient très facilement, c'était une pression énorme, on s'est dit qu'on n'y arriverait jamais", raconte Emilien, hospitalisé depuis quelques semaines dans cette unité.

A tel point que pour ce médecin comme beaucoup d'autres les semaines devenaient sans fin: "A un moment, on ne réfléchis plus, on regarde à quel moment on va pouvoir (prendre tel ou tel patient), à midi, du coup on ne mange plus, jusqu'à 21h30/22h. On ne s'arrête plus, on décale tout: les repas, le sommeil, etc."

Des alertes qui ne sont pas entendues

Ce médecin généraliste donnait sans se compter, mais n'avait pas l'impression de se ruiner la santé. Même le regard des autres ne l'a pas alerté.

"Certains patients me disaient: 'Docteur vous n'avez pas l'air d'aller bien'."

"Quelques fois, j'ouvrais la fenêtre derrière, je me retournais, et j'avais des vomissements par la fenêtre derrière moi. C'est les patients qui me disaient: 'Docteur on va arrêter là, allez vous reposer'," raconte Emilien qui n'a pas pris ces alertes au sérieux.

Puis un matin, il n'a pas pu se lever de son lit. Il n'avait plus de force. C'est un collègue qui l'envoie se faire hospitaliser. Depuis trois semaines, il suit des soins, voit une psychiatre, et pour la première fois, passe un test d'aptitude physique, dans la salle de sport de la clinique.

Pas de hausse des hospitalisations de soignants

Les demandes d'hospitalisations auraient pu s'envoler chez les soignants depuis l'épidémie de Covid-19, mais étonnament ça n'est pas le cas. Dans cette structure, les dix lits réservés aux soignants n'ont jamais été tous occupés en même temps, et il y a une raison bien précise, presque irrationnelle, qui est propre aux professions médicales:

"Beaucoup de soignants n'ont pas de médecins traitant car ils ont dans l'idée que ça ne peut pas leur arriver. Les études médicales sont difficiles et où on ne se plaint pas et on retrouve beaucoup de ces traits de personnalité chez les soignants" explique Karine Cuvelier, psychiatre responsable de cette unité de soins.

D'après la direction, aucun soignant n'a renoncé à son métier en sortant de son hospitalisation. Beaucoup ont même continué dans les mêmes endroits, avec des horaires aménagés.

Alfred Aurenche avec MM