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Effet du confinement, l'addiction aux jeux de hasard et d'argent progresse en France

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Le confinement a vu déferler une nouvelle vague de joueurs en ligne. Et certains néophytes n'ont pas décroché. Les addictologues craignent maintenant une nouvelle vague de patients post-confinement.

Le poker en ligne, Mathieu n'y avait quasiment jamais joué. Jusqu'à ce que le confinement arrive, en mars dernier:

"Forcement quand tous les soirs tu ne peux pas aller au cinéma, tu ne peux pas boire un verre, il y a un moment où les activités sont un peu monotones. Un ami m’a proposé de jouer au poker en ligne avec d’autres amis. On avait trouvé des tables où l’on pouvait tous se rejoindre. Je dépensais à peu près 50 euros par mois", explique-t-il à RMC.

Les sommes jouées en ligne ont triplé lors des deux mois de confinement. Selon l’Autorité nationale des jeux (ANJ) le nombre de joueurs en ligne est aussi passé de 300.000 à plus de 500.000 en quelques semaines. Et certains continuent de jouer.

Aujourd’hui, Mathieu joue moins fréquemment mais continue de dépenser de l’argent en ligne: "Quand je joue maintenant c’est avec un seul pote voire tout seul. Je me dis que je peux perdre 15, 20 euros par mois, c’est au-delà de la rencontre entre amis".

"Les gens demandent de l’aide, lorsqu’ils sont surendettés, qu’il y a des divorces"

Si Mathieu arrive encore à limiter les dépenses. Ce n'est pas le cas de tous ces nouveaux joueurs: "On a énormément de demandes liées aux jeux", explique sur RMC Amandine Luquiens, psychiatre-addictologue au CHU de Nîmes. Selon elle, 6 % des joueurs en ligne seraient en situation d'addiction.

Spécialiste des addictions, la psychologue Lucia Romo est persuadée qu'une vague de patients post-confinement va déferler dans sa clinique:

"Il y a un décalage entre le moment où les personnes jouent et vont avoir des pertes. Elles demandent de l’aide bien plus tard, lorsqu’elles sont surendettées, qu’il y a des divorces et des situations professionnelles graves. Il faudra attendre à moyen et à long terme". En cas de jeu compulsif et de sentiment de manque important, la spécialiste recommande d'en parler à son médecin généraliste.

Un pas difficile à faire alors qu'Amandine Luquiens évoque "un sentiment de honte chez les joueurs addicts", rappelant que la majorité s'en sortent seuls. Et beaucoup d'entre eux se plaignent de publicités agressives de la part des plateformes.

Maxime Levy et Benoît Ballet (avec Guillaume Dussourt)