RMC

"Expliquez-nous": pourquoi les abattoirs seraient-ils plus vulnérables au Covid-19?

Que se passe-t-il dans les abattoirs? Les contaminations se sont multipliées parmi les employés en France mais aussi dans le monde entier. Et on a du mal a expliquer le phénomène.

Une première contamination a été repérée en abattoir en avril en Australie, puis aux Etats-Unis, en Allemagne, en Espagne et en France. En France, un abattoir a été touché en Dordogne, puis un autre en Vendée et ces derniers jours encore deux. 

A Fleury-lès-Aubrais dans le Loiret, 34 salariés ont été dépistés positifs sur 400 qui ont été testés. Et en Bretagne, dans les Côtes-d’Armor, on a d’abord trouvé 6 cas positifs a l’abattoir de de Kermeré, 200 salariés ont alors été testés et et 69 se sont révélés positifs.

L'usine a bien sûr été fermée. Tous les salariés touchés placés à l’isolement et l’on cherche maintenant ceux qui ont été en contact avec eux, pour les tester et éventuellement les isoler à leur tour. Tout est fait pour casser la chaîne de contamination comme chaque fois qu’un foyer est repéré ces jours-ci.

C’est aux Etats-unis que le phénomène est le plus frappant

Plusieurs dizaines d'abattoirs touchés et fermés. 25.000 salariés au chômage technique. 5.000 employés contaminés. Déjà 13 morts, dont 4 contrôleurs qui venaient enquêter sur les causes de ces contaminations.

Et c’est toute la filière de la viande qui est touchée aux Etats-Unis. Moins 25% de capacité d’abattage pour les porcs. Dans le seul état de l’Iowa, 700.000 porcs par semaine sont abattus directement dans les fermes en ce moment. Je vous épargne les détails. Si cela continue, il y aura des pénuries de viande dans les supermarchés américains.

Comment explique-t-on ces contaminations. Est ce que cela peut venir des animaux?

On nous dit que non ! Il y a pourtant un précédent. Lors de l'épidémie du MERS, le syndrome respiratoire du moyen orient en 2012, une étude avait montré que les abattoirs de Doha au Qatar avait été un haut lieu de contamination et que les dromadaires qui y étaient abattus avaient été des vecteurs de contamination vers l’homme.

Ce n’est pas le cas du Covid-19. En tous cas aucune chaîne de transmission à partir de la viande ou de la consommation de la viande n’a été repéré nul part dans le monde.

En France, l’Anses, l’agence française de sécurité alimentaire, souligne aussi qu’il n’y a pas de preuve scientifique de contamination en mangeant de la viande, mais l’Anses ajoute tout de même que ce risque ne peut être totalement exclu a ce stade.

On est a peu près certain qu’il n’y a pas de risque à manipuler de la viande, à peu près certain mais pas totalement certain.

Si ce n’est pas la manipulation de la viande, quelles peuvent être les autres causes?

La promiscuité. La difficulté à respecter les distances. C’est un travail physique, pénible ou l’on porte des lourdes charges ou l’on transpire et l’on s'essouffle et où l’on peut avoir du mal a respirer avec un masque.

C’est l’explication la plus souvent avancée par les représentants de la filière. Mais elle ne convainc pas tout le monde. L'épidémiologiste Antoine Flahault fait remarquer qu’il y a beaucoup d’autres secteurs ou l’on travail à la chaîne dans des conditions de promiscuité et dans des conditions pénibles. Et l'automobile ou le bâtiment par exemple ne connaissent pas ces problèmes.

L'air contaminé particulièrement redoutable dans les chambres froides?

C’est l'addition de trois facteurs. Le froid, l’humidité et une forte ventilation. C’est ce qui caractérise les salles de découpe ou de conservation de la viande. Des températures proche de zéro. Une très forte humidité, et une grosse ventilation.

Cela confirmerait que le virus peut se transmettre par des gouttelettes qui circulent dans l’air, gouttelettes dites aérosols. Pas seulement par les postillons d’une personne qui se trouve à moins d’un mètre de vous.

Et cet air contaminé serait particulièrement redoutable dans les chambres froides des abattoirs.

Nicolas Poincaré