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"Expliquez-nous": qu'est-ce que le "passeport immunité" que veut instaurer l'Italie?

L’Italie a annoncé ce week end des chiffres encourageants dans sa lutte contre le coronavirus. Et le gouvernement a présenté dimanche un plan stratégique pour une sortie stratégique de la crise.

L’Italie, c’est le pays le plus endeuillé du monde à cause du coronavirus. Presque 16.000 morts. Mais c’est aussi un pays où l’on commence à voir le bout du tunnel. Dimanche, on a compté 537 décès, presque deux fois moins que lors du pic du 26 mars, il y a 10 jours. Et surtout ce week-end, le nombre des patients hospitalisés en réanimation a baissé, ce qui n’était jamais arrivé depuis le début de la crise.

La situation reste dramatique dans les hôpitaux de Lombardie. À Bergame, les journaux publient 10 pages de petites annonces nécrologiques. Et un quotidien affirme que le vrai bilan dans cette seule ville est de 4500 morts et non pas 2000 comme annoncé. Bref la crise n’est pas terminée, mais l’Italie est le seul pays d’Europe où l’on pense que le pire est passé.

C’est pour cela que le ministre de la Santé a présenté dimanche un plan de sortie de crise. Son plan est en 5 points. D’abord, le port du masque sera généralisé. Ensuite, lorsque les Italiens retravailleront, il faudra scrupuleusement respecter la distanciation. Le fameux mètre d'écart entre deux personnes. Les hôpitaux resteront entièrement mobilisés en cas de reprise du virus. Il faudra également continuer à dépister et tester. Enfin, une application sur smartphone sera créée, comme en Corée du Sud, pour cartographier et géolocaliser les malades diagnostiqués.

Mise en place de tests sérologiques ?

On ne sait pas quand ce plan de déconfinement progressif sera appliqué, mais ce sera dès que possible a dit le ministre, Roberto Esperanza. Et Angelo Borelli, qui est le Jérome Salomon Italien, a avancé avec prudence la date du 16 mai. Pour ce qu’il appelle la phase deux, c’est-à-dire la phase de coexistence avec le virus. Concrètement, en phase 2, certaines entreprises pourraient rouvrir. Les artisans seraient autorisés à retravailler. Les transports en commun seraient remis en service, mais à condition de rouler à moitié vides. Les bars et les restaurants resteraient fermés.

L’Italie envisage aussi des tests sérologiques. Le président de la Vénétie a parlé d’une licence spéciale ou d’un passeport Covid. Celui-ci permettrait de laisser travailler, et circuler, ceux qui ont des anticorps, c’est-à-dire qui ont eu la maladie, même sans symptôme. 

On n'est pas encore certain que la présence d’anticorps protège absolument, mais les chercheurs italiens espèrent le prouver rapidement. Une étude est lancée ce lundi en Vénétie auprès de milliers de malades et de patients guéris.

Dans un village de Lombardie, Castiglione d’Adda, on vient de découvrir que 66% des donneurs de sang, c’est-à-dire 40 sur 60, étaient porteurs d’anticorps. Ce qui veut dire que l’on va peut-être s'apercevoir que beaucoup plus de gens que ce qu’on pouvait penseront eu la maladie sans le savoir. Autant de personnes à qui l’on pourra donner ce passeport COVID. 

Alors est ce que cela ne poserait pas des problèmes légaux ou moraux ? Si sur le papier ça pose beaucoup de problèmes. Autoriser une partie de la population à sortir et pas une autre ça poserait effectivement un problème d’égalité devant la loi. Et se servir d’une prise de sang et donc d’informations médicales pour comme base légale pour déterminer la liberté de circulation, ce ne sera pas simple non plus. Pas simple mais pas impossible. À condition que la prise de sang ne soit pas obligatoire. Les Italiens ont accepté de se confiner sans aucune contestation. Ils devraient pouvoir accepter l’examen sérologique pour savoir s’ils peuvent ressortir. 

Une philosophe italienne Michela Marzano explique dans le New York Times que l'établissement de ce passeport médical reviendrait à diviser l'humanité en deux, les forts et les faibles. Mais elle ajoute aussitôt, que ca ne la dérange pas d’un point de vue moral, parce que, dit elle, c’est une réalité. Ceux qui ont des anticorps sont effectivement plus protégés et donc plus fort.

La loi italienne devrait pouvoir s’adapter à ce principe de réalité. Même si c’est dérangeant. En effet, difficile d’imaginer un policier vous arrêter dans la rue pour vous demander de prouver que vous avez des anticorps. En tous cas, les autorités italiennes se préparent à ces tests sanguins. Les Allemands et les Anglais aussi.

Les Français y viendront sans doute également. Il est assez probable qu'à un moment ou un autre, on aille tous faire la queue devant les laboratoires d’analyses. Avec un masque sur le visage, puisqu’on nous dit maintenant que c’est indispensable.

Nicolas Poincaré