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Faut-il vraiment s'inquiéter du variant indien?

EXPLIQUEZ-NOUS - Les Anglais poursuivent leur déconfinement. Ils ont retrouvé lundi le droit de manger au restaurant à l'intérieur. Mais on s'inquiète en Angleterre de la propagation du variant indien du Covid-19.

Faut-il avoir peur du variant indien? En tout cas, Boris Johnson n’est ni rassuré, ni rassurant. Le Premier ministre britannique avoue s'inquiéter et craint une remise en cause du calendrier de déconfinement. Calendrier qui prévoit une réouverture totale le 21 juin, c'est à dire 9 jours avant nous. Les autorités se donnent jusqu’au 14 juin pour décider du maintien ou non de cette échéance.

Le conseil scientifique anglais, estime que le variant indien pourrait être plus contagieux de 50% que le variant anglais qui lui-même était déjà plus contagieux que la souche initiale. Si bien que ce conseil n’exclut pas une possible “nouvelle vague meurtrière” cet été.

Mais lundi, un autre organisme officiel, le Public Health service, c'est-à-dire le ministère de la Santé a estimé le contraire. Que ce variant serait moins transmissible. En tout cas que pour la plus répandue de ses mutations.

Parce qu’il n’y a pas qu’un seul variant indien !

Non il y en a trois, qu’on appelle B.1. 617 1, ou 617 2 ou 3. Les 1 et 3 sont les plus méchants mais les moins répandus. Le deux est celui qui se développe en Angleterre. Et qui ne serait donc pas plus contagieux.

En 8 jours on est passé en grande bretagne de 500 à 1.300 cas avec des foyers d’infection à Londres et dans le Nord-Ouest du pays. Il y a une ville près de Manchester qui s’appelle Bolton et où le variant indien est désormais majoritaire.

Il touche surtout les plus jeunes et a pratiquement totalement épargné les plus de 60 ans. Probablement parce que les plus de 60 ans sont les plus vaccinés. A Bolton, les deux tiers des patients hospitalisés n’étaient pas vaccinés. Un seul malade avait reçu les deux doses d’un vaccin. La campagne de vaccination en Angleterre est très en avance mais il n’y a malgré tout que 30% de la population qui est complètement vaccinée ce qui permet encore au virus et ces variants de se développer.

Que sait-on exactement de l’efficacité des vaccins sur ce variant anglais?

Et bien pas grand chose, en dehors de ces constatations empiriques sur un seul foyer d’infection anglais. Il n’y pas encore d'études significatives. Simplement des impressions. Ou des vœux pieux. L’agence européenne du médicament se dit “relativement convaincue” de l’efficacité des vaccins. Le ministre britannique de la santé utilise une formule très britannique. Il a une certitude “croissante” que le vaccin est efficace. Mais tout cela n’est pas très scientifique.

Comme souvent depuis le début de la pandémie, il est plus sage d’admettre que l’on ne sait pas grand-chose. Qu’on a plus de questions que de réponses.

Ce que l’on sait c’est que ces variants indiens circulent maintenant dans 44 pays, et que l’OMS les a classé la semaine dernière comme "préoccupant". A vrai dire il y avait de quoi être préoccupé avant quand on voyait ce qui se passait en Inde.

Et en France, où en est-on?

En France, on a enregistré deux nouveaux cas dans l’Oise lundi. Un couple qui avait hébergé des amis qui rentraient d’Inde. Ce qui porte à 26 le nombre de cas recensés, dont 22 Français qui avaient fait un séjour en Inde. Et seulement deux cas pour lesquels l’origine de la contamination n’est pas connue.

Pour l’instant c’est peu, mais le professeur Philippe Froguel, du CHU de Lille et de l’Imperial College de Londres, expliquait ici lundi matin que l’on trouve peu de variants indiens parce que l’on cherche peu. “On est a l’aveugle” disait il.

Roissy et Orly, aéroports passoires?

Et en attendant, on ne peut pas dire que la France prenne des mesures drastiques pour se protéger. Les conditions d'entrée en France en venant de Grande Bretagne n’ont pas changé. Il faut un test PCR et s’engager à s’isoler 7 jours.

En ce qui concerne ceux qui arrivent d’Inde, il faut un motif impérieux et dans la pratique, il n’y a plus que des français qui reviennent. Il faut un test PCR négatif et une attestation sur l’honneur promettant que l’on va s’isoler 10 jours et que l’on a aucun symptôme.

Mais la correspondante de L’Express en Inde, qui vient de rentrer avec toute sa famille, raconte qu'à Roissy on ne lui a rien demandé. Ni test, ni attestation du l’honneur. Elle parle d’un aéroport “passoire”…

Nicolas Poincaré (avec J.A.)