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Fiasco, mensonges... Comment la Chine a géré et masqué la crise du Covid-19 au début du mois de janvier 2020

Un contrôle à Wuhan, le 20 janvier 2020.

Un contrôle à Wuhan, le 20 janvier 2020. - Hector RETAMAL / AFP

EXPLIQUEZ-NOUS - Cela fait exactement un an que le Coronavirus est entré dans nos vies. Le premier article de presse en France date du 5 janvier dernier. Que savait-on à l’époque ?

C’est une dépêche de l’Agence France Presse qui a évoqué pour la première fois en France cette mystérieuse pneumonie en Chine. On y lisait que 59 personnes souffraient de cette maladie respiratoire d’origine inconnue, probablement virale. Mais les autorités chinoises démentaient qu’il puisse s’agir du SRAS, le virus à l'origine de l’épidémie de 2003. Et en fait les chinois affirmait à cette date que la maladie ne se transmettait pas d’homme à homme, donc qu’elle n’était pas contagieuse.

Toujours le 5 janvier, l’Organisation mondiale de la santé a publié un premier communiqué rassurant. L’OMS estimait qu’il ne fallait surtout pas fermer les frontières de la chine, rétrospectivment, c’est un curieux premier réflexe.

Le 8 janvier, trois jours plus tard, le mot coronavirus apparaît dans une nouvelle dépêche de l’AFP. Puis trois jours plus tard encore, le 11 janvier, on apprend que la maladie a fait un premier mort en Chine.

En France, l'Information ne faisait pas la Une des journaux

Non, à l’époque, au début de l'année dernière, on s'intéressait à la spectaculaire évasion du Japon de Carlos Ghosn, l’ancien PDG de Renault. Par la suite on a beaucoup parlé de la sordide affaire Benjamin Griveaux et de l’interminable débat sur les retraites. Dans l’actualité il y avait aussi les dramatiques incendies qui tuaient les kangourous en Australie. Le coronavirus ne faisait l’objet que de tout petits entrefilets.

On peut parler d’un retard à l’allumage de la part de la presse?

Oui et il s’explique facilement. Parce que les experts eux même n’étaient pas très inquiets. Je me souviens d’un membre du conseil scientifique, éminent chef de service en infectiologie, qui nous disaient hors micro pendant la pub, dans ce studio qu’il ne fallait pas s'inquiéter et qu’à son avis, jamais il n’y aurait plus de 20 morts en France. Du coup, il a fallu attendre la fin février, le premier mort en France, le développement des foyers d‘infection en Italie, en Iran et en Corée pour que l’on commence à parler d’une pandémie.

Et plutôt que de vous parler des erreurs d'appréciations des autres, je préfère évoquer les miennes. Le 26 février, c'est à dire deux semaines du confinement, j'expliquais que l’on ne comptait que deux personnes hospitalisées en France, pour 11 personnes guéries. Autrement dit, rien de grave. Et je donnais les chiffres au niveau mondial le 26 février: 2.700 morts en Chine en deux mois. Dix fois moins que la grippe aux Etats-Unis dans le même temps. Sous entendu, le coronavirus est beaucoup moins grave que la grippe saisonnière. Ces chiffres étaient exacts mais l'interprétation assez hasardeuse.

Tout ça pour dire, que pendant deux mois en France, ni les experts, ni les politiques, ni les autorités, ni les journalistes n’ont vu la vague arriver. On a même eu une ministre de la Santé qui a démissionné le 16 février. En disant qu’elle pouvait partir parce qu'elle avait tout préparé.

Et on se souvient qu’ensuite tout est allé très vite. Tellement vite que par exemple, le 12 mars le ministre de l’Education Jean-Michel Blanquer disait le matin qu’il était hors de question de fermer les écoles. Et le soir-même Emmanuel Macron annonçait la fermeture de toutes les écoles.

On sait aujourd’hui que les réactions tardives des pays européens sont dues à des mensonges chinois

On sait aujourd’hui exactement ce qui s’est passé en Chine. Le 30 décembre 2019 à 16 heures, la chef des urgences de l’hôpital central hôpital de Wuhan, le Dr. Ai Fen a reçu des résultats d’analyse de plusieurs patients qui indiquaient que l’on avait affaire à un coronavirus contagieux. Le soir même, un médecin de son hôpital met ses résultats en ligne.

A 22h30, le docteur Ai Fen est sévèrement réprimandée par ses supérieurs qui lui demandent de se taire. Mais le lendemain matin, à la première heure, une équipe d’experts prend le premier vol de Pékin vers Wuhan.

Le 1er janvier, ces experts déterminent que le virus se transmet d’homme à homme. Mais cette information essentielle sera gardée secrète jusqu’au 21 janvier. Donc trois semaines de silence pendant lesquelles l’épidémie s’est développée. Il est établi aujourd'hui que le tout premier communiqué chinois du 5 janvier, repris par l’AFP, était volontairement mensonger.

Nicolas Poincaré (avec J.A.)