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Grève dans les hôpitaux: "J'ai déjà pu être dangereux pour un patient sans m'en rendre compte"

TEMOIGNAGES - Les médecins hospitaliers sont appelés à une grève "massive" lundi par deux de leurs intersyndicales pour réclamer une meilleure appréciation de leur temps de travail et une revalorisation des carrières à l'hôpital, confronté à une pénurie de praticiens.

Temps de travail, rémunération, carrières: dans l'attente de mesures du gouvernement pour rendre plus attractif l'hôpital, confronté à une pénurie de praticiens, les médecins hospitaliers sont appelés à une grève "massive" lundi. C'est en tout cas le souhait de deux intersyndicales qui appellent à la mobilisation dans les hôpitaux. Selon le président du syndicat Avenir Hospitalier, près de 80% des anesthésistes-réanimateurs et entre 30 et 40% des praticiens d'autres spécialités devraient participer au mouvement, qui va durer d'aujourd'hui à la fin de la semaine.

50 à 60 heures par semaine

Les médecins hospitaliers s'estiment lésés sur leur temps de travail. Ils sont supposés travailler 48 heures hebdomadaires mais en font largement plus (près de 60h d'après Avenir Hospitalier). C'est le cas de Gregory, anesthésiste au CHU de Rouen, qui assure travailler de 50 à 60 heures par semaine. "Je fais des consultations toute la matinée. Ensuite, je mange rapidement, si j'ai le temps... Ensuite, j'enchaîne avec une réunion de deux heures. Et puis après je peux être d'astreinte, donc je reste mobilisé… Et tout ça se fait sur mon temps libre."

Une charge de travail qui a des conséquences. "De temps en temps, il se peut qu'on arrive sur une garde et qu'on se dise qu'on est déjà un peu fatigué, déplore-t-il. Je n'en suis pas encore à me dire que j'ai pu être dangereux pour un patient mais c'est peut-être déjà arrivé sans que je m'en rende compte" Des conditions de travail qui font peur aux plus jeunes, tentés d'aller exercer dans le privé, plus rémunérateur. Grégory le constate déjà dans son entourage.

"Les jeunes ne veulent plus venir"

"Ceux qui sortent de l'internat, ou qui sont encore internes, se demandent bien pourquoi ils resteraient dans l'hôpital public, certifie-t-il. Après tout, ils nous voient fatigués, râlés… Ils se disent que ça n'a pas l'air fun". Les syndicats veulent donc rendre le métier plus attractif comme l'explique Max-André Doppia, président d'Avenir Hospitalier: "Notre revendication, dans cette mobilisation, c'est une revalorisation des débuts de carrière pour les plus jeunes. De façon à ce qu'ils soient plus attirés pour venir travailler à l'hôpital. Aujourd'hui, on propose, après douze ans d'études, une entrée comme assistant à 2.000 euros par mois. Vous comprenez bien que ça ne peut pas aller."

Conséquence: selon le syndicat, actuellement, 30% des postes de praticiens hospitaliers sont vacants. "Il y a une grande crise. Les jeunes ne veulent plus venir à l'hôpital, confirme Laurent Heyer, praticien hospitalier et administrateur du SNPHAR-E (Syndicat National des Praticiens Hospitaliers Anesthésistes Réanimateurs Élargi). Mais c'est normal parce qu'ils voient bien qu'à l'hôpital public il n'y a pas de garanties ni sur le cadre, ni sur l'avenir et ni sur l'organisation du travail. Alors que dans le privé, ils ont tout ça…"

M.R avec Martin Cadoret