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Hongrie-France: pas de masque, pas de pass sanitaire mais des "Brigades des Carpates", ce qu'il faut savoir de la Hongrie de Viktor Orban

EXPLIQUEZ-NOUS - L’équipe de France joue samedi à 15 heures son deuxième match de l’Euro. Elle affronte la Hongrie à Budapest. Dans un stade qui sera plein.

Le stade de Budapest sera effectivement demain plein comme un œuf pour France-Hongrie, avec plus de 65.000 spectateurs. Il n’y a pas de jauge, pas de "pass sanitaire", pas de port du masque obligatoire. La Hongrie est le seul des onze pays qui accueille l’euro à faire comme si le Covid n’existait pas. 

Ainsi en a décidé le Premier ministre Viktor Orban qui ne voulait pas que l'épidémie puisse gâcher cette grande fête du foot, pour laquelle il a beaucoup investi. La Puskas Arena où l’on va jouer demain est flambant neuve. Il a coûté 600 millions d’euros, trois fois plus cher que prévu.

Il faut dire que Viktor Orban est fou de foot

C’est peu de le dire. Il a d’ailleurs failli faire carrière, il a joué semi professionnel, attaquant en quatrième division. Et depuis 11 ans qu'il gouverne, il a mis la main sur le football Hongrois. Ses amis sont propriétaires de 11 de 12 équipes de première division.

Il a créé un club et une académie de football dans son petit village natal. Il fait du foot un outil politique. Par exemple en subventionnant des clubs en Croatie, en Serbie et en Roumanie, dans les régions où vivent d'importantes minorités hongroises. Façon de faire renaître le nationalisme de l'époque de l’empire Austro-Hongrois.

Les joueurs français samedi vont aussi découvrir des supporters particuliers. Lors du premier match contre le Portugal, presque la moitié du stade était remplie par les “Brigades des Carpates”. Des hommes uniquement vêtus de t-shirts noirs, adeptes de la musculation et du tatouage, chantant parfois des chants néo-nazis. Le football en Hongrie est le lieu d’expression du nationalisme. Même si la sélection nationale n’a plus brillé depuis les années 50, sa grande époque.

Le stade sera plein demain, alors que l'épidémie de Covid sévit encore en Hongrie

C’est le même le deuxième plus mauvais bilan du monde. Derrière le Pérou. La Hongrie compte 3.108 morts par million d’habitants. C’est deux fois plus qu’en France.

Le pays a pourtant été champion d'Europe de la vaccination. Parce qu’il a reçu son quota de vaccins Pfizer et Moderna comme tous les membres de l’Union européennes, mais qu’il a tout de suite aussi commandé le vaccin russe et un des vaccins chinois.

Là encore Viktor Orban en a fait un enjeu politique, profitant de la crise pour se rapprocher encore un peu plus de Moscou et de Pékin.

En Europe, la Hongrie de Viktor Orban n’a pas bonne presse

Viktor Orban n’aime pas l’Union européenne et l’Union européenne n’aime pas ce leader populiste et nationaliste. On lui a reproché la construction du mur anti-migrants le long de la frontière serbe. Bruxelles a aussi souvent condamné la mainmise du pouvoir sur les médias. 80% des journaux et des télévisions sont contrôlés par le gouvernement. La dernière radio indépendante, Klubradio, s'est vu retirer sa fréquence en février dernier.

Viktor Orban
Viktor Orban © AFP

Mais surtout, l’Europe vient de s’inquieter d’une nouvelle loi hongroise sur l’homosexualité. Une loi votée mardi, qui interdit la promotion de l’homosexualité auprès des mineurs. Cela concerne, les livres ou les films à destination de la jeunesse qui ne pourront plus montrer ou commenter l’homosexualité. Les programmes scolaires non plus. La promotion du changement de sexe est également interdite. La loi hongroise s’inspire d’un texte identique en vigueur en Russie depuis une dizaine d’années qui interdit la “propagande homosexuelle”.

La présidente de la commission européenne, l’allemande Ursula von der Leyen a fait savoir jeudi que l'Europe était très préoccupée. Ce qui veut dire très inquiète. L’affaire ne devrait pas en rester là.

En attendant bon courage aux Français qui vont jouer samedi dans un chaudron nationaliste. Le portugais Cristiano Ronaldo a été victime d’insultes homophobes lorsqu’il a joué dans ce stade mardi.

Nicolas Poincaré (avec J.A.)