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Hôpitaux: comment des robots infirmiers pourraient soulager les soignants

Dans "Estelle Midi" ce mardi sur RMC et RMC Story, Anthony Morel explique comment des robots, déjà utilisés aux Etats-Unis et au Japon, viennent apporter leur aide au personnel soignant dans les hôpitaux.

Alors que des mobilisations sont prévues dans les hôpitaux partout en France ce mardi pour alerter notamment sur le manque d’effectifs, l’une des solutions pourrait être d’utiliser des robots pour soulager les infirmiers et les aides-soignants. Ça fait clairement partie des outils qui peuvent permettre de soulager les problèmes de main d’œuvre et de surcharge de travail à l’hôpital. Il y a quelques exemples, avec des robots déjà déployés aux Etats-Unis ou au Japon. Moxi, le robot infirmier, un humanoïde d’1m60 programmé pour se balader dans l’hôpital et transporter des médicaments, du matériel, des fournitures médicales, à la place des infirmiers, et leur éviter des dizaines d’allers-retours par jour. En cas de besoin, on lui envoie un SMS avec ce dont on a besoin (médicaments, compresses…) et le numéro de chambre. Il va le récupérer dans les méandres de l’hôpital, il les récupère grâce à un système de reconnaissance faciale et de pinces et les transporte à bon port. Un gain de temps considérable sur une journée.

Il y a aussi le Robear, conçu pour réaliser l’une des tâches les plus pénibles des soignants au quotidien: soulever un patient de son lit pour le mettre dans une chaise roulante. C’est un gros robot en forme de nounours géant. Il pèse 130 kilos et il est doté d’une force impressionnante qui va lui permettre de se saisir délicatement, dans ses gros bras robotiques, d’un patient qui ne peut pas se déplacer pour le mettre sur une chaise, dans une baignoire ou dans son lit… Grâce à des capteurs de pression, il va doser précisément ses mouvements et sa force, selon la taille et la fragilité de la personne, sans l’écraser. Ce robot pourrait aussi servir d’aide à domicile, alors que le vieillissement de la population va devenir un enjeu de plus en plus crucial.

Permettre aux soignants de se focaliser sur le soin et la relation

Doit-on craindre une déshumanisation à l’hôpital avec ces robots ? C’est tout le contraire ! On va mettre plus d’humain grâce à ces robots. Ils vont se charger discrètement des tâches les moins qualifiées, les plus usantes, les plus chronophages... Et vont permettre aux soignants de moins courir dans tous les sens et de se focaliser sur ce pour quoi le temps leur manque : le soin et la relation avec le patient, l’être l’humain. Un autre bon exemple, ce sont les robots de téléprésence, qui vont permettre aux médecins de faire leur tournée à distance. Un robot humanoïde monté sur roulettes, avec un écran en guise de tête, dans lequel apparaît le visage du médecin, qui va pouvoir faire sa tournée des patients à distance, derrière sa webcam. Discuter avec eux par écran interposé, et même les ausculter, puisqu’on peut brancher un stéthoscope sur ce robot. Sans compter les robots compagnons, qui vont jouer avec des enfants malades par exemple. Ou encore des robots de nettoyage et de désinfection. Adoptés notamment depuis le Covid, ils émettent des rayons UVC qui détruisent virus et bactéries. Une aide précieuse pour les agents de propreté hospitalière.

Il y a quand même une question, celle du coût… Alors que le système hospitalier est déjà en déshérence, est-ce qu’on a vraiment les moyens de se payer ce genre de technologie ? C’est vrai que ces robots coûtent cher, des dizaines voire des centaines de milliers d’euros… Après, il faut voir le retour sur investissement que ça peut générer : moins de personnel nécessaire, moins de burnout chez les soignants et des soins de meilleure qualité. A noter qu’on est toujours dans cette logique selon laquelle les robots vont nous piquer tous nos emplois, mais il y a plein d’emplois où, au contraire, ils sont une solution formidable pour limiter les pénuries de main d’œuvre et la pénibilité. On est dans la notion de "cobotique", la collaboration homme-machine. Une autre question qui va se poser en revanche est celle de la sécurité informatique. Alors que les hôpitaux sont des cibles de choix pour les hackers, le fait de dépendre de robots crée une vulnérabilité supplémentaire.

Anthony Morel