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"Je ne peux pas faire le travail de sept personnes": dernière pédiatre de son hôpital, elle s’en va

La Dr Hiba Trraf, cheffe du service de pédiatrie de l'hôpital de Montluçon, quitte son poste ce lundi après avoir posé sa démission face à la surcharge de travail. Elle était la dernière pédiatre titulaire dans cet hôpital.

Un nouveau désert pédiatrique, alors que l’épidémie de bronchiolite inquiète tous les professionnels de santé. Montluçon (Allier) perd sa seule pédiatre titulaire. Cheffe de service, la Dr Hiba Trraf a démissionné il y a des semaines et vit son dernier jour de travail ce lundi. Près de 200.000 habitants se retrouveront dès ce 1er novembre avec un service amoindri et devront se reporter notamment sur l’hôpital de Clermont-Ferrand, à plus de 100 kilomètres de là. Pourquoi a-t-elle décidé de quitter son poste ?

"Il y a beaucoup d’éléments mais c’est surtout une quantité et une qualité de travail qui se détériorent et qui m’amènent à peut-être mettre en danger la vie de certains enfants, parce que je suis fatiguée psychiquement et mentalement. Moi, je suis là pour soigner les enfants, pas pour leur faire du mal. Donc je m’en vais", explique Hiba Trraf dans "Apolline Matin", sur RMC et RMC Story.

Dans le service de pédiatrie de l’hôpital de Montluçon, où Hiba Trraf travaillait depuis 2018, les départs n’ont pas été remplacés. "Ce n’est pas du tout la faute de mes collègues qui sont partis, pour des déménagements, des retraites, et des fois parce qu’ils en avaient marre de l’hôpital, souligne-t-elle. Ils n’ont pas été remplacés. Il y a un sous-effectif au niveau national, c’est sûr, mais je pense qu’on n’a pas écouté nos alertes quand elles ont été données. Il y avait des choses à faire, qui n’ont pas été faites, pour essayer de nous aider. Moi, je me suis retrouvée seule pédiatre inscrite à l’Ordre à partir de janvier 2022. Normalement, on doit être sept praticiens hospitaliers. Je ne peux pas faire le travail de sept personnes."

"Une surcharge de travail qui est telle qu’elle fait peur aux potentielles recrues"

Un poste pour sept, c’est justement ce qui effraye les éventuels candidats. "Ce n’est pas que l’hôpital ne recrute pas, mais qu’il n’y arrive pas, assure Hiba Trraf. Ce n’est plus attractif. Vous avez une surcharge de travail qui est telle qu’elle fait peur aux potentielles recrues. Quand on dit à un jeune pédiatre qu’il va être de garde tous les trois, quatre jours, et qu’il a un poste où il peut faire trois, quatre gardes par mois, il préfère le deuxième poste."

La dernière pédiatre de l’hôpital de Montluçon va désormais se tourner vers l’humanitaire. Et que vont devenir les enfants malades ? "C’est encore un peu flou, explique Hiba Trraf. Des pédiatres du groupement hospitalier territorial (GHT), des hôpitaux de Vichy, Moulins et Clermont-Ferrand, vont venir alterner toutes les 24 heures pour prendre des gardes. Ces pédiatres vont s’occuper de la maternité, de la néonatalogie, des urgences vitales. Il y a certains jours où il va y avoir un deuxième pédiatre qui va s’occuper des urgences non vitales et de quelques lits d’hospitalisation. Mais ce ne sera que quelques jours, pas les week-ends, pas les jours fériés, pas les nuits. C’est quand même problématique quand on s’occupe de la santé."

LP avec MG