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Pédiatrie: "Samedi, des enfants sont restés plus de 12h sur un brancard", alerte une soignante

Les services pédiatriques sont au bord de la rupture. Déjà bien présente, la crise est mise en lumière par l'épidémie habituelle de bronchiolite. Les soignants, débordés, ont adressé une lettre ouverte à Emmanuel Macron. En réponse, le ministre de la Santé a annoncé un plan d'action de 150 millions d'euros pour les services de l'hôpital en tension. Une somme largement insuffisante, "un pansement sur une jambe de bois", pour les professionnels.

Dans l'unité pédiatrique de l'hôpital Necker à Paris, 15 % des lits sont fermés faute d'infirmières alors que l'épidémie de bronchiolite, habituelle à cette période, se développe.

6.500 soignants ont signé une lettre ouverte adressée au président de la République le 21 octobre et un nouveau communiqué est paru hier pour demander une prise de parole d'Emmanuel Macron ainsi qu'une "réforme profonde et structurelle de l’hôpital public et notamment de la pédiatrie".

De son côté, le ministre de la Santé, François Braun, a annoncé un plan d'action de 150 millions d'euros pour les services de l'hôpital en tension. "Un petit chiffre et surtout pas à la hauteur du problème", affirme Isabelle Desguerre, cheffe du service de neuro-pédiatrie à l'hôpital Necker.

Des opérations reportées plusieurs fois

"La réalité c’est une chirurgie cardiaque qui va être reportée trois fois de suite parce qu’il n’y a pas de place. Samedi, il y a des enfants qui sont restés pendant plus de 12h sur un brancard faute de place pour les hospitaliser", ajoute-t-elle.

Les hôpitaux sont tellement en crise que des patients doivent être transférés. "Les médecins sont obligés de dispatcher des enfants d’Ile-de-France dans des villes comme Amiens ou Rouen car il y a des lits fermés parce qu’il n’y a plus d’infirmière. On préférerait les avoir chez nous pour qu’ils soient pris en charge rapidement et on ne peut pas, on n’a pas les moyens de faire ça", déplore Lucie, infirmière en réanimation pédiatrique.

Un déchirement pour de nombreux soignants qui ne peuvent pas exercer comme ils le voudraient. Ajouté à cela le "manque de reconnaissance", en moyenne les nouvelles infirmiers ne restent pas plus de six mois dans le service pédiatrique.

La bronchiolite révélatrice de la situation

"La bronchiolite n’est pas plus grave ou différente qu'avant, elle est juste révélatrice de l’état de l’hôpital public sur lequel nous alertons depuis des années", explique Véronique Hentgen, pédiatre au centre hospitalier de Versailles-Le Chesnay, invitée sur RMC ce lundi.

Comme il n'y a "pas assez de lits pour prendre en charge tous les enfants qui nécessitent une hospitalisation", les soignants sont "obligés de prioriser en prenant les enfants les plus graves et urgents". Par conséquent, des déprogrammations ont lieu.

L'annonce des 150 millions d'euros a été vécue "comme un affront parce que justement ça n’est pas réservé à la pédiatrie et même si ça l’était, ça a l’air d’être beaucoup d’argent comme ça mais en fait ramené par hôpital, au mieux ça permettra d’embaucher deux infirmières pour une année".

Pour Véronigue Hentgen, "il faut des réformes urgentes et structurelles pour faire revenir les infirmières et les soignants dans les hôpitaux".

AB avec Romain Poisot