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Les burn-out explosent... à la veille du retour au bureau: les managers plus concernés que les autres

LOUIS VA PLUS LOIN - Une étude montre que les cas de dépression ont plus que doublé en un an seulement. Et notamment chez les managers.

Les Français sont rincés. Nous vous le disions sur notre antenne: alors que le 100% télétravail prendra fin le 9 juin, les employeurs pourront imposer un certain nombre de jours de présence hebdomadaire.

C’est dans ce contexte qu’a été dévoilée une étude qui montre que les cas de burn-out pour les salariés ont plus que doublé en un an. 

Un an d’angoisse sanitaire, économique et professionnelle qui, comme on pouvait s’y attendre, va laisser des traces: deux millions de personnes souffrent aujourd’hui d’"épuisement professionnel aigu". Il y en avait moins d’un million début 2020, selon baromètre de la santé psychologique des salariés français, réalisé par OpinionWay et présenté mercredi.

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Le burn-out, c’est la maladie du travail, un état de fatigue intense et une lassitude globale générés par un stress excessif. Cet "épuisement professionnel sévère" se traduit, selon l'étude, par une forme de "déshumanisation" avec "des gens qui fonctionnent comme des robots pour se protéger de leurs émotions" et qui "s'autocensurent" par crainte d'en parler. Et cela "concerne 1,5 fois plus les managers".

La fonction la plus exposée reste celle de manager, avec 52% d'entre eux en détresse psychologique. Six managers sur dix disent ne pas pouvoir faire leur travail comme ils le souhaiteraient, eu égard à "la taille des équipes" pour la moitié d'entre eux.

Le taux de dépression nécessitant un accompagnement chez les salariés reste à 36% (dont 21% risquant une dépression sévère) et 56% des salariés au chômage partiel présentent un "risque dépressif". Parallèlement, 15% des salariés disent avoir été absents pour raison de santé psychologique depuis un an. Le nombre moyen de jours d'absence par salarié est de 2,83. Un quart des salariés disent avoir "peur de perdre leur emploi"; c'est le cas de 39% de ceux en chômage partiel.

Les télétravailleurs sont aussi plus exposés avec 46% d'entre eux en détresse psychologique que leurs collègues en présentiel (40%) mais huit sur 10 veulent continuer à télétravailler à raison de un à trois jours par semaine.

Pas étonnant, d’ailleurs, que les managers soient les plus touchés, particulièrement dans le secteur des ressources humaines, car ce sont eux qui ont dû adapter leurs entreprises aux consignes, parfois fluctuantes, du gouvernement.

Santé mentale... et santé physique

Au-delà du burn-out, cette enquête qualifie de "très inquiétant" l’état général des salariés français. 44% d’entre eux, quasiment un sur deux, se trouve en situation de détresse psychologique… et le retour dans les locaux, le 9 juin, risque de ne rien arranger.

Après plus d'un an de crise sanitaire, confinements et bouleversements des modes de vie, la santé physique des salariés se dégrade elle aussi avec 40% qui disent avoir des problèmes de sommeil, 37% des douleurs et tensions musculosquelettiques, 19% des problèmes digestifs, 26% des maux de tête et 10% des nausées.

Selon l’étude de l’institut Opinion way, les chefs d’entreprises redoutent que les arrêts maladie ne se multiplient, alors que 75% des télétravailleurs n’ont pas envie de revenir au bureau comme avant… 

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Est-ce que le gouvernement accompagne les salariés en détresse psychologique?

Dans les faits, le gouvernement s’est surtout concentré sur les jeunes, avec le "chèque psy" pour permettre aux étudiants de consulter ou encore le retour à l’université un jour par semaine.

Mais pour l’ensemble des Français, et notamment les salariés, aucun dispositif précis n’a vu le jour. Le site de Santé publique France indique bien des numéros de téléphone pour bénéficier d’une aide, mais rien de plus.

Le gouvernement a pourtant tenu plusieurs réunions sur le sujet fin mars, dont une autour du Premier ministre. "Il ne faut pas laisser la déprime s’installer" avait même lancé Olivier Véran dans le journal Le Parisien.

Mais à ce jour, rien n’a été annoncé au sujet du burn-out. La seule mesure concrète tient en l’organisation des assises de la psychiatrie et de la santé mentale. Emmanuel Macron s’est engagé à lancer une grande consultation, via un questionnaire en ligne accessible jusqu’à lundi prochain.

La septième vague du baromètre "Impact de la crise sanitaire sur la santé psychologique des salariés" a été réalisée en ligne du 30 avril au 10 mai 2021 auprès d'un panel représentatif de 2.007 salariés selon la méthode des quotas. La marge d'erreur est de 2,2 points maximum.

Louis Amar et Xavier Allain