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Les psychiatres hospitaliers, en grève, dénoncent un "abandon de la psychiatrie publique"

Les psychiatres du domaine public sont en grève ce mardi, dénonçant un "délabrement du secteur".

"Manque criant" de lits d'hospitalisation, "fermetures régulières" de centres médico-psychologiques faute d'effectifs suffisants: les psychiatres hospitaliers sont invités à se mobiliser mardi contre le "délabrement" d'un secteur public victime d'un "abandon" de l'État, selon leurs syndicats.

Quatre organisations appellent à la grève et à des manifestations, notamment à 11h à Paris, devant le ministère de la Santé. Des rassemblements sont annoncés dans d'autres villes, devant les agences régionales de santé (ARS) ou des hôpitaux.

"Aucun renforcement des moyens à hauteur des besoins constatés sur le terrain tous les jours"

Ces syndicats dénoncent un "abandon de la psychiatrie publique" qui "se caractérise au quotidien par le manque criant de lits d'hospitalisation complète et des fermetures régulières de centres médico-psychologiques (CMP)". Une situation liée à la pénurie d'effectifs de médecins et d'infirmiers, qui "touche aujourd'hui cinq établissements hospitaliers sur six", selon un communiqué intersyndical.

Le Dr. Nicolas Navarro est praticien hospitalier responsable d’une unité de consultations et représentant du collectif des psychiatres publics de la Haute-Garonne. Au micro de RMC, il explique que c'est notamment la gestion des jeunes patients pose de plus en plus problème.

"Depuis le Covid, il y a beaucoup de jeunes qui consultent pour des troubles du comportement, crises suicidaires, état d'agitation... Un nombre qui a doublé, sans doublement des moyens en pédo-psychiatrie. Il n'y a eu aucun renforcement des moyens à hauteur des besoins constatés sur le terrain tous les jours", regrette-t-il.

Capacité d'accueil en berne

"Nous n'avons plus la capacité de soigner comme on voudrait", déplore à l'AFP le Dr Norbert Skurnik, président de l'Intersyndicale de défense de la psychiatrie publique (Idepp). Selon ce psychiatre, faute d'accueil, "rien qu'en Île-de-France, 60 à 70.000 personnes, dont au moins 60% sont des malades mentaux, errent en dehors de toute institution et de tout domicile".

Dans un contexte de "durcissement" des conditions de travail, la spécialité n'attire plus les jeunes médecins, déplore le Dr Skurnik, citant le chiffre de 100 internes à répartir en région parisienne, "là où il en faudrait 150".

Pour favoriser les recrutements, ce responsable syndical défend une augmentation de "20 à 25%" des salaires des psychiatres hospitaliers, sous forme de primes de pénibilité.

Quatorze mois après sa présentation, le plan annoncé par Emmanuel Macron à l'issue d'assises de la psychiatrie, avec à la clé la création de 800 postes dans les CMP, est jugé insuffisant par la profession.

"Ce n'est qu'un petit pas", souligne le Dr Rachel Bocher, présidente de l'Intersyndicat national des praticiens d'exercice hospitalier (INPH).

Cette psychiatre milite elle aussi en faveur d'"un plan pour l'attractivité des carrières". Organisatrice d'un colloque "villes et santé mentale" de jeudi à samedi à Nantes, elle espère y accueillir le ministre de la Santé, François Braun. "Il y a nécessité que les pouvoirs publics reprennent le dialogue social avec les psychiatres", fait-elle valoir.

Devant le Sénat mi-novembre, le ministre avait reconnu que "les personnels de psychiatrie exercent dans des conditions difficiles", et promis qu'un bilan serait tiré "très prochainement" des assises organisées en septembre 2021.

J.A. avec AFP