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Mort d'un patient de 81 ans après 20 heures sur un brancard: "Ce n'est pas la faute des soignants"

Après la mort d'un homme de 81 ans ayant passé plus de 20 heures sur un brancard aux urgences de Strasbourg, un syndicaliste de l'hôpital déplore le manque de moyen et assure avoir alerté à plusieurs reprises les autorités compétentes. Sans retour pour l'instant.

Un homme de 81 ans est mort aux urgences des hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS), après avoir attendu plus de 20h sur un brancard le 31 août dernier. Pris en charge dans un premier temps, il a passé une vingtaine d'heures sur un brancard dans une zone de soins avant d'être retrouvé mort, lors d'un changement d'équipes.

Triste ironie du sort, l'équipe de l'hôpital avait effectué, 36 heures avant le drame, une déclaration d'alerte déplorant l'état de saturation des urgences locales. Mais pourtant, "rien n'a été fait", révèle le secrétaire général de FO aux HUS, Christian Prud'homme. "On nous a même opposé une demande de réunion extraordinaire pour pouvoir apporter des solutions", assure-t-il ce mercredi sur le plateau des "Grandes Gueules", sur RMC et RMC Story.

"Il faut nous écouter"

Concernant le décès du patient de 81 ans, Christian Prud'homme assure ne pas avoir eu accès au dossier médical mais estime qu'il ne devait pas s'agir d'une urgence vitale. Il pense aussi que des soignants ont dû venir le voir tout au long de son attente sur un brancard. "Quand vous avez 50 patients sur un service conçu pour en recevoir 30, vous n'avez pas l'effectif adéquat et la surveillance n’est pas la même", explique-t-il.

Selon le syndicaliste, le 30 août à 23h, quand l'octogénaire est arrivé, il y avait "50 patients pour 30 places sur brancards avec des véhicules en attente dans le sas de dépôt des urgences". Le lendemain, la situation ne s'était pas améliorée, "avec 40 patients, dont 26 présents plus de 12 heures sur brancards".

"Ce n'est pas la faute des soignants. Il faut une prise de responsabilité. Les soignants se coupent en quatre et d'ailleurs, ils sont en train de partir. On avait déjà eu un mort le 17 mars dernier, il y a une enquête judiciaire en cours, on avait aussi alerté Olivier Véran (le ministre de la Santé de l’époque, ndlr) et on n’a pas eu de réponse. On a demandé un rendez-vous avec la préfète et l'ARS et on n'a pas eu de suite. Il faut nous écouter, on est un syndicat progressiste, on a des solutions", plaide le syndicaliste.

"On ne peut pas trouver les professionnels, on n'arrive pas à vider les urgences"

Et alors que le ministre de la Santé François Braun invite depuis juillet les patients à appeler avant de se rendre aux urgences pour permettre un filtre en amont, Christian Prud'homme assure qu'il n'y a de toute façon pas assez de personnel pour répondre aux appels.

"Au plus haut, il y a 220 passages aux urgences à Strasbourg et il faut en hospitaliser la moitié soit 110. Cela signifie qu'il faut 110 lits et lorsqu'on a lancé notre droit d'alerte le 30 août au soir, il y avait quatre lits de disponibles sur l'ensemble du CHU. On ne peut pas les inventer, on ne peut pas trouver les professionnels, on n'arrive pas à vider les urgences", explique-t-il.

Pour améliorer le fonctionnement de l'hôpital, le syndicaliste appelle à remettre des lits, alors que 400 lits ont été fermés en quatre ans au sein des hôpitaux de Strasbourg. "Actuellement, il y en 300 autres fermés en raison du manque d'infirmiers", ajoute Christian Prud'homme.

En mars dernier, un autre patient était mort aux urgences des hôpitaux universitaires de Strasbourg. Victime d'une hémorragie digestive, il avait dû attendre une douzaine d'heures sur un brancard avant d'être pris en charge puis de finalement mourir.

Guillaume Dussourt