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Pédiatrie: "On fait courir des risques à des bébés" avec des transferts et des lits-brancards

Cheffe du service de neuropédiatrie à l’hôpital Necker (Paris), la Pr Isabelle Desguerre expose dans "Apolline Matin", ce mercredi sur RMC et RMC Story, la situation de crise provoquée par le manque de personnel.

Une trentaine d’enfants ont déjà quitté l’Ile-de-France pour d’autres régions. En pleine épidémie de bronchiolite, les services pédiatriques sont saturés et contraints de transférer des patients, à cause du manque de personnel. "Clairement, on manque de lits, avec 15 à 20% des lits existants de pédiatrie qui sont fermés, faute de soignants, explique la Pr Isabelle Desguerre, cheffe du service de neuropédiatrie de l’hôpital Necker (Paris), dans ‘Apolline Matin’ ce mercredi sur RMC et RMC Story. Donc on manque de possibilités pour hospitaliser les enfants. Et en particulier, en réanimation. On manque aussi de places dans des lits d’hospitalisations plus classiques."

"C’est une cascade infernale, décrit cette spécialiste. Les enfants arrivent aux urgences pour une bronchiolite ou une autre raison. Ensuite, ça va être la chasse pour essayer de trouver un lit en réanimation, si l’enfant en a besoin, ou d’hospitalisation. On passe des heures et des heures pour trouver une solution, avec des enfants qui arrivent dans des couloirs. On n’avait jamais vu ça en pédiatrie, le lit-brancard. On prend la décision de faire des transferts en réanimation hors Ile-de-France. On fait courir des risques à des bébés qui sont instables et qui vont avoir deux heures et demie de transport, en camion SMUR. En plus, ça mobilise une équipe supplémentaire de transport. Donc là aussi, saturation."

"Le drame, on le craint et je pense qu’on le vit déjà, d’une façon indirecte"

Pour les médecins, la décision de procéder à un transfert n’est pas facile à prendre. "C’est insupportable, reconnait la Pr Isabelle Desguerre. C’est prendre un risque, ce qui nous pose évidemment une question éthique. On le fait, en étant désespéré. Ce n’est pas qu’on n’a pas confiance en nos collègues de Lille, Reims ou Rennes. Mais c’est simplement qu’on fait prendre un risque à ce bébé, en plus de déstabiliser complètement la famille." Avec la crainte que la situation empire pour le jeune patient.

"Le drame, on le craint et je pense qu’on le vit déjà, d’une façon indirecte, estime la cheffe du service de neuropédiatrie de l’hôpital Necker. Je pense qu’il y a des pertes de chances qui ont déjà eu lieu. Malheureusement, nous ne guettons pas le drame, on en a juste une peur bleue. Surtout, on veut absolument que cette situation puisse cesser. Il ne faut dire que c’est de la faute de la bronchiolite. C’est la faute de la gestion hospitalière depuis plus de dix ans. On a poussé des cris d’alarme il y a trois ans, deux ans, un an… Il n’y a rien eu pour porter le problème." Et c’est un problème général.

"Necker est l’hôpital symbolique pour la pédiatrie de l’Ile-de-France et la France, mais le problème n’existe pas qu’à Necker, assure la Pr Isabelle Desguerre. C’est un problème sur toute la France. Les services hospitaliers et de réanimation pédiatrique sont en train de craquer, de déborder, sur toute la France, du fait de la gestion calamiteuse depuis dix ans."

"Il y a des solutions de moyen terme et des mesures immédiates"

Comment faire pour que la pression diminue dans les services pédiatriques? "Il y a des solutions de moyen terme, rouvrir des écoles d’infirmières, faire de la formation à la pédiatrie parce qu’elle a disparu dans les écoles d’infirmières, et il y a des mesures immédiates, explique la cheffe de service de Necker. Pas la déprogrammation des opérations des enfants, qui a déjà eu lieu deux fois pour certains, mais ramener des soignants qui sont partis de l’hôpital, les faire revenir à l’hôpital. Reconnaitre la spécificité de la pédiatrie sur le plan salarial et du statut, de l’expertise, pour les soignants. Et respecter le ratio soignants-soignés. On ne soigne pas un enfant comme un adulte. Il faut qu’il y ait un nombre d’enfants à soigner par infirmier-infirmière qui soit respecté."

LP