RMC

Pizzas Buitoni: les parents de Léna, dans un état végétatif, témoignent et interpellent Olivier Véran

EXCLU RMC. Cédric et Sophie, les parents de Léna (12 ans), qui se trouve dans un état végétatif après avoir été contaminée par la bactérie E.coli présente dans une pizza Buitoni, témoignent et déplorent l’absence de soutien et de communication du ministre de la Santé, Olivier Véran.  

Un "vrai cauchemar" qui dure depuis déjà deux mois. Léna, une jeune fille de 12 ans, a mangé une pizza Fraich’Up de Buitoni avec ses parents et sa petite sœur, le 14 février. Un "rituel" familial, deux fois par mois. Quatre jours plus tard, sa maman a dû l’emmener en urgence à l’hôpital. "Elle a eu des grosses douleurs au ventre, raconte Sophie à RMC. Ensuite, elle a eu des diarrhées, avec du sang. Cinq minutes après, elle est tombée dans les pommes. Je l’ai emmenée à l’hôpital. Ils ont trouvé une inflammation au niveau des intestins. Ils m’ont simplement dit de repartir à la maison, de rappeler le médecin." Mais le soir même, face aux douleurs, elle doit être ramenée aux urgences. "Elle n’avait plus de selles, elle n’avait que du sang. Elle saignait, elle saignait…", explique sa maman. 

La présence de la bactérie E.coli a été confirmée par les analyses, à l’hôpital de Nancy. Et tout s’est enchainé. "La toxine est montée au niveau du cerveau, confie Cédric, le papa de Léna. Ils ont pris la décision de la mettre dans le coma, pour éviter trop de douleurs, pour alléger un peu ses souffrances." Après l’arrêt de la sédation, les examens ont montré de "grosses lésions", "au lobe frontal et sur l’arrière du cerveau". Léna est dans un état végétatif. "Le seul constat que les médecins font, c’est visuellement : la petite, elle ne parle plus, ne gémit pas, ne voit pas. On ne sait pas si elle entend. Elle est nourrie par sonde nasogastrique. Elle a eu une perte de poids considérable. Elle ne peut pas se mettre assise, rien du tout… Elle a d’énormes gestes, atypiques, qui sont liés à l’atteinte neurologique de l’enfant. Aujourd’hui, ils ne peuvent pas nous dire si elle s’en sortira." 

"Notre fille est enfermée dans son corps" 

"Avant qu’ils la mettent dans le coma, Léna nous a dit ‘au revoir, je vous aime’, raconte Sophie, sa maman. Un quart d’heure après, il n’y avait plus de Léna. On lui a dit au revoir, ‘bisous mon cœur’, ‘je t’aime, à demain’." "C’est comme si elle savait qu’elle allait s’endormir, complète son papa. Les dernières paroles où il y avait peut-être encore un peu de conscience. C’est troublant pour nous, les parents." "Elle ne parlait déjà plus quand on est reparti, reprend Sophie. Il n’y avait aucune réaction de sa part. Elle est toujours dans un état végétatif. C’est très dur de la voir comme ça. On lui parle, mais il n’y a rien. On ne sait pas si elle nous voit, si elle nous entend. On y va tous les jours. Même sa petite sœur va la voir. C’est très dur aussi pour elle. Notre vie est brisée."  

Et l’avenir très incertain. "Les médecins ne sont pas optimistes, indique Cédric. Ça peut être comme ça jusqu’à la fin de ses jours. Il n’y a pas de bonnes paroles, rassurantes. Les neurologues nous ont bien fait comprendre que si quelqu’un venait nous dire qu’elle remarchera, rechantera, comme avant, ce sera un menteur. Les médecins nous disent que c’est un combat d’une vie. Pour le moment, il n’y a rien du tout. Notre enfant est arrivé à l’hôpital sur ses deux jambes, avec une douleur au ventre. Et presque deux mois après, il se trouve qu’elle ne parle toujours pas, elle ne voit pas, elle ne marche pas. Quand on va la voir, on espère un sourire, une action, une évolution. Le plus inquiétant, c’est qu’il n’y a plus rien. Notre fille est enfermée dans son corps. Son cerveau est inerte. On ne peut pas laisser faire des choses comme ça." 

"Le ministre de la Santé est aux abonnés absents" 

Dans ce "combat", Cédric et Sophie ont engagé une action judiciaire, en portant plainte. "Il faut se battre. Il y a forcément des coupables, il faudra que les responsables payent. Ce serait bien qu’un juge soit nommé, souligne le papa de Léna. Le dossier est suivi par le parquet de Paris mais il faut qu’un juge soit nommé. La justice fera son travail, les coupables seront devant le juge. Ça ne nous ramènera pas nos enfants mais ça fera comprendre à certaines personnes qu’on ne joue pas avec la santé." Les parents de Léna ont aussi un "énorme regret". Le silence d’Olivier Véran, le ministre de la Santé, sur ce sujet. "On a un ministre de la Santé qui est présent dans les médias, mais sur ce cas de figure, non, tranche Cédric. Il est aux abonnés absents. La seule personne qui a pris une bonne décision, c’est le préfet du Nord, en faisant fermer cette usine. On pourrait lui dire merci." 

"Nous ne sommes pas en contact avec des ministres, parce qu’on ne peut pas les atteindre, ajoute le papa de Léna. Mais une parole, je pense que ça peut faire comprendre aux gens qu’on a des hauts responsables de la santé qui peuvent prendre des directives parce qu’ils ont plus de pouvoir. Cette absence totale, on ne peut pas l’expliquer. Ça aurait été bien qu’il puisse être un porte-parole, parler et faire prendre conscience de ce qu’il se passe." "Au moins pour les familles, c’est un minimum, d’avoir un soutien et qu’il dise qu’il ne faut plus jamais que ça arrive, estime Sophie, la maman. Il y a des enfants qui sont décédés. Il faut faire bouger les choses. Ce sont des familles qui ont été brisées pour une pizza."  

"Juste une pizza à quatre balles", appuie le papa, qui demande "plus de contrôles" dans les usines alimentaires et "par des bureaux extérieurs aux sociétés". En plus de la tristesse, du stress, avec "une phobie" et "une peur de tout" qui s’installent désormais, surtout au moment de manger, il y a de la "colère". "Il faut que les coupables prennent, implore Cédric. Il faut faire comprendre à ces gens-là que ça aurait pu arriver à leurs enfants, à leurs petits-enfants." Et le papa promet: "Je ne lâcherai pas". 

LP avec Joanna Chabas, Marie Dupin et Anne-Lyvia Tollinchi