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Trop de jeux vidéo: est-ce une pathologie ? Ça fait débat sur RMC

Pour l'Organisation mondiale de la Santé, c'est officiel, l'addiction aux jeux vidéo est désormais une maladie, en dépit de consensus scientifique.

De nombreux parents s'inquiètent de voir leurs enfants jouer des heures durant aux jeux vidéo, restant devant leurs écrans sur Call of Duty ou Fortnite. L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) vient donc de classer l'addiction aux jeux vidéo comme maladie, malgré l'absence de consensus scientifique sur le sujet.

Aujourd’hui en France, 15% des 12-17 ans jouent plus de 5 heures par jour, soit 10% de plus qu’en 2014. Selon l’OMS, l’addiction au jeu se caractérise par une perte de contrôle sur le jeu, une priorité accrue accordée au jeu, au point que celui-ci prenne le pas sur d'autres centres d'intérêt et activités quotidiennes et la poursuite croissante du jeu en dépit des répercussions néfastes. Pour être diagnostiqué comme atteint d'un trouble du jeu vidéo, il faut que ces dysfonctionnements se manifestent de façon régulière pendant au moins un an.

45 millions de joueurs de Fortnite dans le monde

"Ils ne passeront plus pour des flemmards ou des irresponsables. Très clairement le caractère addictif pourra être mis en avant, diagnostiqué et les joueurs pourront bénéficier d’un soin codifié et coordonné et probablement pour certains d’un remboursement de certaines pratiques médicales", se félicite sur RMC le professeur Amine Benyamina, médecin au service d'addictologie de l'hôpital Paul-Brousse de Villejuif.

Si l’OMS ne pointe pas de jeux en particulier, les addictologues ont vu une explosion des demandes de consultation depuis la sortie de Fortnite : 45 millions d’adeptes dans le monde, et parfois jusqu'à 80% de joueurs dans certaines classes de collégiens.

"L’excès ne peut pas être ramené à une pathologie"

Mais ces collégiens échangent régulièrement dans la vie réelle sur leur évolution dans la vie virtuelle alors attention à ne pas confondre addiction avec une simple passion estime Yann Leroux, docteur en psychologie et spécialiste des jeux vidéo, pour qui jouer n'est pas une maladie.

"L’excès ne peut pas être ramené à une pathologie. L’ensemble des recherches n’a pas amené la preuve qu’il y a une addiction. Ça peut être un début d’anxiété ou le début d’un processus encore plus morbide. Ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de troubles qui vont s’exprimer avec un jeu vidéo mais ça veut dire que ces troubles-là n’ont pas la forme d’une addiction", explique-t-il à RMC. 

68% des Français jouent aux jeux vidéo

"Dès que vous aurez quelqu’un d’un peu plus passionné que les autres, on aura tendance à le montrer du doigt et se dire qu’il a un trouble du jeu vidéo et on l’emmènera chez le psychiatre", s’inquiète le praticien.

Aujourd’hui 68% de Français jouent aux jeux vidéo, désormais le bien culturel le plus consommé dans le pays selon une enquête IFOP. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, autant de femmes que d’hommes jouent aux jeux vidéo et autant de diplômés que de non-diplômés. Pour 62% des joueurs le jeu vidéo n’est pas une pratique solitaire, on joue entre amis, en couple ou en famille. Mais plus d’un tiers des parents ne fixent aucune limite aux enfants.

Matthieu Rouault (avec Guillaume Dussourt)