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Alstom: "Ce n'est pas le rôle d'un président que d'intervenir dans la gestion des entreprises"

ANALYSES - L'usine de Belfort, où Alstom projette d'arrêter la fabrication de trains d'ici à 2018, restera un site de production "dans les mêmes proportions qui existent aujourd'hui", a assuré lundi soir Alain Vidalies, le secrétaire d'État chargé des Transports. Mais l'Etat peut-il vraiment sauver Alstom?

A quelques mois de la présidentielle, François Hollande a bien compris la mesure du symbole que pourrait devenir Alstom. Alors ce lundi il s'est impliqué dans le débat et a fixé un objectif: maintenir l'activité à Belfort. Et pour y arriver le chef de l'Etat a demandé au gouvernement de se mobiliser pour qu'il y ait plus de commandes. Dès lors, Alain Vidalies, secrétaire d'Etat aux Transports, a affirmé que l'usine de Belfort restera un site de production "dans les mêmes proportions qui existent aujourd'hui". Déclarations d'intentions ou vraie stratégie industrielle, l'objectif fixé par François Hollande pose question: l'Etat peut-il vraiment sauver Alstom?

Pour Gilles Dansart, directeur de Mobilettre, site spécialiste dans les transports, le président s'engage un peu trop vite. "Les déclarations de François Hollande font fi des réalités des marchés, estime-t-il sur RMC. Il fait comme si la SNCF pouvait obéir à son diktat et commander à Alstom, or ça ne se passe pas comme ça. Elle en effet assujettie à des règles extrêmement strictes de concurrence qui l'obligent à procéder par des commissions d'appels d'offres".

"Un geste d'impuissance"

Et d'ajouter : "De la même façon que Nicolas Sarkozy il y a une dizaine d'années, on est à nouveau dans l'injonction politique qui souhaite rassurer plutôt que de prendre en compte la réalité des choses industrielles". De même, Michel Godet, économiste et membre de l'Académie des Technologies, souligne que "ce n'est pas le rôle d'un président de la République que d'intervenir dans la gestion et la stratégie des entreprises, d'autant qu'elles ne sont pas publiques même si dans ce cas l'Etat est actionnaire minoritaire".

"En fait, c'est un geste d'impuissance, considère-t-il encore. L'Etat ne peut pas tout donc ce n'est pas la peine qu'il trahisse sa faiblesse en annonçant des choses qu'il ne peut pas tenir. Si Alstom a perdu une commande c'est parce qu'il n'était pas le plus compétitif et parce qu'on a mis en concurrence les entreprises françaises avec les entreprises européennes. On a signé ces textes et on se doit de respecter la législation en vigueur".

L'Etat peut-il vraiment lancer de nouvelles commandes ?

Seul levier pour l'Etat: faire pression sur la SNCF. En tant qu'actionnaire, il peut peser sur la direction pour choisir Alstom. Encore faut-il que la SNCF ait besoin de nouveaux TGV et rien n'est moins sûr. Mais surtout, elle ne peut pas s'affranchir des procédures d'appels d'offres. L'entreprise ferroviaire doit en effet faire jouer la concurrence européenne.

S'agissant des TER, ils sont gérés par les Régions mais c'est la SNCF qui les achète. Et là encore, elle doit respecter les processus d'appels d'offres. Si un constructeur européen est plus compétitif qu'un français, il doit être choisi, c'est la règle.

Les Intercités enfin. Cette fois-ci, l'Etat est l'autorité organisatrice. Il a d'ailleurs déjà passé commandes de 30 trains mais elles profiteront à d'autres usines. Et même en cas de nouvelles commandes, le groupe français ne pourra pas remporter tous les appels d'offres. Et l'Etat ne pourra rien y faire.

Maxime Ricard avec Amélie Rosique