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"Le casier, c’est pas un souci": des chauffeurs VTC dénoncent un trafic de cartes professionnelles

INFO RMC. Des chauffeurs VTC dénoncent un trafic de cartes professionnelles, via la messagerie Telegram. Avec la possibilité pour les fraudeurs d’obtenir très rapidement le document, même avec un casier judiciaire.

Des chauffeurs VTC ont alerté "RMC s’engage pour vous" sur un trafic organisé de cartes professionnelles. Tout se passe sur la messagerie Telegram. Et la description de ce groupe de discussion est limpide: "Obtenez votre carte VTC SANS formation, validée en préfecture". Créé il y a quatre mois, ce groupe compte plus de 7.600 membres.

La mécanique est bien huilée, des flyers colorés décrivent les offres: 1.500€ pour une carte de chauffeur VTC, 2.000€ pour le package all-inclusive avec création de compte Uber. Brahim Ben Ali est secrétaire général de l’intersyndicale des VTC.

"J’ai été alerté, dans un premier temps, par des chauffeurs qui ont utilisé ce réseau, explique Brahim Ben Ali, secrétaire général de l’intersyndicale des VTC. Ils l’ont testé et sont revenus vers moi en me disant : on peut obtenir un compte facilement de cette manière chez Uber, Freenow, Bolt…"

L’argument de vente repose sur la facilité et la rapidité. Il suffit d’un permis de conduire, d’une carte d’identité et d’un justificatif de domicile. Pas besoin d’un casier judiciaire vierge. Le réseau s’occupe de tout en trois semaines, contre trois mois minimum par la voie légale.

"On parle d’un très gros réseau, qui opère comme une vraie société, souligne Brahim Ben Ali. C’est bien organisé. Il y a des témoignages de chauffeurs qui disent : ‘J’ai eu le sésame, c’est incroyable’. C’est effrayant, parce que ceux qui ne pouvaient pas obtenir ce fameux sésame en raison d’antécédents avec la justice, l’obtiennent par ce biais-là."

"On a plein de clients sous casier"

Ces pratiques nuisent au travail des vrais chauffeurs VTC. Mais qui se cache derrière ce réseau ? Pour le savoir, "RMC s’engage pour vous" s’est fait passer pour un aspirant chauffeur. On est allé sur le groupe Telegram en question. En un clic, on a contacté le vendeur, qui nous a répondu: "Salut, j’espère que tu vas bien. Il reste de la place pour cette semaine. Ce qui serait bien dans un premier temps, c’est que tu m’envoies tes documents afin que je puisse vérifier ton éligibilité, pour voir si on peut éventuellement faire un dossier pour toi".

Le ton est amical, la suite se passe par écrit. On dit qu’on a un casier judiciaire, le vendeur nous rassure, et nous dit: "On a plein de clients sous casier".

Dans un échange avec un autre acheteur, il va plus loin: "Le casier, c’est pas un souci pour notre contact qui bosse en CMA". CMA, pour Chambre des métiers de l’artisanat. Ce sont eux qui valident normalement les examens pour devenir chauffeur VTC. Le vendeur laisse donc entendre qu’il a des complices au sein de l’administration. Il nous a d’ailleurs assuré qu’il vend de vraies cartes, délivrées par la préfecture.

Que répondent les autorités? Pour la Chambre des métiers de l’artisanat d’Ile-de-France, impossible que le faussaire ait des complices en interne, “il y a trop d’échelons de contrôle” nous dit-on. Côté ministère de l’Intérieur, on nous renvoie vers la police, qui s’intéresse au sujet mais n’a pas d’éléments à nous communiquer.

Les plateformes VTC, elles, se défendent. Uber et Bolt, Freenow assurent qu’ils contrôlent les cartes professionnelles et les permis de conduire mais pas le casier judiciaire ou l’attestation de formation. Ça, ce sont les préfectures qui doivent le faire. On a contacté les 24 dans lesquelles des cartes VTC ont été achetées frauduleusement. Aucune ne nous a répondu.

Amélie Rosique, Joanna Chabas, Elise Danjean