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Que l’emploi de Penelope Fillon soit fictif ou non, le mal est fait pour l’image de notre profession

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Des soupçons d'emploi fictif pèsent sur la femme de François Fillon. C'est ce que révèle Le Canard Enchaîné ce mardi: Penelope Fillon aurait perçu, au total, un demi-million d'euros pour son poste d'attachée parlementaire auprès de son époux, puis auprès du suppléant de celui-ci. Thierry Besnier, secrétaire général du Syndicat national des collaborateurs parlementaires, regrette que ce manque de transparence dégrade l'image de son métier.

Thierry Besnier, secrétaire général du syndicat national des collaborateurs parlementaires.

"Je suis arrivé comme collaborateur parlementaire à l'Assemblée en 2012, après Penelope Fillon. Je ne sais pas si son emploi d’attachée parlementaire est réellement fictif ou non. Dans notre organisation, certains membres sont contre l’embauche de proches de députés, qu’il s’agisse du conjoint, du frère, de la sœur, du cousin… Moi, je pense qu’un employeur peut embaucher qui il veut. Personne n’est responsable du métier qu’exercent les membres de sa famille. Cela n’enlève rien aux qualités professionnelles des uns et des autres.

Les quelques membres de familles d’élus qui sont attachés parlementaires et que je côtoie travaillent vraiment. A mon avis, ce serait une discrimination à l’embauche si on devait interdire un nom de famille. Ou alors il faudrait le faire aussi dans n’importe quelle entreprise. Mais si l'emploi de Penelope Fillon est fictif, c'est condamnable. Si quelqu'un gagne de l’argent qu’il n’a pas mérité par son travail, ce n'est pas normal. 

"Cela donne le sentiment que nous sommes payés aux frais de la princesse"

Ce qui me gêne dans cette histoire, c’est que depuis 2012, nous essayons d’avancer un maximum sur les questions de transparence dans la vie politique. Mais ce genre d’affaire donne le sentiment que les collaborateurs parlementaires travaillent peu, qu'ils sont payés aux frais de la princesse. Le salaire perçu par Penelope Fillon me choque (de 6900 à 7900 euros mensuels selon le Canard Enchaîné, ndlr). En moyenne, les attachés parlementaires gagnent 3000 euros brut lorsqu’ils travaillent à plein temps. Et environ 1.300 euros pour un mi-temps. Mais souvent, on me dit: "tu touches 4000 euros avec ton métier? T’es imposé sur la fortune?".

Toute cette ambiance m’affole et m’effraie. Aujourd'hui, il existe une véritable crise de confiance envers les institutions républicaines, alors qu’elles nous sont précieuses. On vit dans un monde malsain. Les personnes qui travaillent honnêtement sont confrontées à des exemples minoritaires qui posent question. Pour moi, c’est la même chose que lorsque des actionnaires d’une grande entreprise vivent de leur rente: qu’ont-ils produit?

"On fait ce métier presque par vocation"

Tout cela est condamnable et dangereux pour la démocratie, c’est très dangereux que des gens profitent du système. Que l’emploi de Penelope Fillon soit fictif ou non, le mal est fait pour l’image de notre profession. J’ai très mal. 90% d’entre nous sommes des salariés de droit privé. On fait ce métier presque par vocation, ou en tout cas par loyauté, vis-à-vis de nos institutions, de nos employeurs, de nos députés. La plupart d’entre eux sont des gens bien.

La question pourrait se poser aussi pour les collaborateurs des ministres: dans quelles conditions bossent-ils? Ce sont des métiers très durs, pour lesquels il faut être réactifs, mobilisés constamment. Par exemple pour la loi Macron, nous avons dû examiner un texte de 258 articles à synthétiser, la veille des vacances parlementaires. L’investissement des parlementaires est très fort. Mais aujourd'hui, les gens se demandent 'A quoi bon voter puisque les députés ne font rien?'".

Propos recueillis par Alexandra Milhat