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Un jeune Français sur dix a du mal à lire

D’après une étude publiée mercredi et basée sur des tests réalisés par 770.000 jeunes lors de la journée Défense et Citoyenneté en 2015, un jeune Français sur dix a beaucoup de mal à lire. Près d'un sur vingt est même en situation d'illettrisme.

Une étude, publiée mercredi par la Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance (Depp), rattachée au ministère de l'Éducation, révèle que près d’un jeune sur dix a beaucoup de difficultés pour lire, tandis que près d’un sur vingt est en situation d’illettrisme, d’après les critères de l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme.

Ces chiffres s’appuient sur un panel de 770.000 jeunes de 16 à 25, qui ont participé en 2015 à la Journée Défense et Citoyenneté (anciennement la Journée d'Appel et de Préparation à la Défense). Le phénomène, qui touche plus les garçons que les filles, semble être plus prononcé dans les départements du nord de la France ainsi que dans les départements d’outre-mer.

Scolarité difficile

Comme l’explique Bénédicte Cachee, formatrice dans un centre d'évolution professionnelle à Lyon, une scolarité difficile peut expliquer qu’un jeune ne sache pas ou peu lire et écrire. “Une mécanique permet petit à petit de donner du sens à ce que je suis en train de lire”, explique la formatrice.

“Quelqu’un qui ne met pas de sens, qui ne comprend pas ce qu’il lit, il va éviter de lire, et c’est bien normal. Imaginez-vous, vous, en train de lire un texte que vous ne comprenez pas. C’est difficile d’être dans une activité de lecture quand la lecture est laborieuse. C’est une désinvitation à la lecture.”

Des formations pour adultes

A la fin de la scolarité, quand ils se retrouvent dans la vie active, beaucoup de ces jeunes en difficulté doivent, une fois adultes, rattraper leur retard. “Il y a des jeunes qui sortent du système scolaire, avec ou sans diplôme. Plus ils s’éloignent de ces occasions de développer leurs compétences, plus ils évitent des situations de lecture et d’écriture”, analyse Anne Mésségué, responsable en Rhône-Alpes de l'Agence Nationale de Lutte contre l'Illettrisme.

“On est tous pareils, quelque chose avec lequel on a du mal, on essaye d’éviter de se confronter. On a ensuite des personnes de 30 à 45 ans qui peuvent se trouver en difficulté professionnelle, et qui se disent alors qu’elles ne peuvent plus faire l’impasse. Et fort heureusement, il existe des formations pour ces personnes”, rappelle-t-elle.

Traverser les apprentissages sans les acquérir

“L’illettrisme est bien souvent consécutif à des chocs de vie, à des ruptures”, explique aussi Sandra Seguin-Nantas, coordinatrice en Rhône-Alpes des Centres Ressources Illettrismes.

“Cela peut être lié à la santé, à quelque chose de violent dans le vécu de l’enfant. Cela peut être lié à des ruptures scolaires, des situations familiales difficiles qui font que l’enfant n’est pas dans les conditions qui permettent de fixer les apprentissages. C’est comme si il les avait traversés, plutôt que de les acquérir. C’est difficile de trouver à qui en parler, alors on essaye de faire sa vie avec, comme on peut.”
Charlie Vandekerkhove et Gwenaël Windrestin