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Une étudiante voilée : "C'est une chose que je revendique, que je porte fièrement"

REPORTAGE - Alors que Manuel Valls souhaite l'interdire, le port du voile n'est ni un tabou, ni un problème à l'université de Nanterre, dans les Hauts-de-Seine. Il n'est pas rare de croiser dans les couloirs des étudiantes qui le portent.

Il "faudrait le faire". Dans une interview au journal Libération, publiée hier, le Premier ministre Manuel Valls se dit favorable à l'interdiction du voile à l'université. Une déclaration qui a suscité la division au sein même du gouvernement.

"Ni utile ni opportun" de légiférer sur le port du voile

Pourtant, en décembre dernier, l'Observatoire de la laïcité, une commission d'experts qui dépend de Matignon, avait estimé qu'il n'était "ni utile ni opportun" de légiférer sur le port de signes religieux, dont le foulard islamique, par les étudiants.

L'état des lieux dressé par l'Observatoire révélait seulement une centaine de cas de "désaccords ou conflits ponctuels" autour de la religion, et pas seulement pour l'Islam, dans les 130 universités et établissements qui comptent environ 2 millions d'étudiants.

"Je ne l'enlèverai pas"

A l'université de Nanterre, dans les Hauts-de-Seine, le port du voile n'est ni un tabou, ni un problème. Voilée de la tête au pied, le visage découvert, Safia a 19 ans et est en première année de droit. Elle veut devenir juriste. Si le voile est interdit à l'université, elle affirme qu'elle arrêtera ses études.

"Manuel Valls m'empêche d'étudier correctement, comme je veux, parce que je ne veux pas enlever mon voile, affirme-t-elle pour RMC. C'est une chose que je revendique, que je porte fièrement et que je n'enlèverai pas pour une loi. On est à la fac, on est libre, chacun fait ce qu'il veut, pense comme il veut, ça ne gêne personne."

"On peut rigoler, parler de tout avec elles"

Il n'est pas rare de croiser des étudiantes voilées dans les couloirs de l'établissement. Mais pour Marine et Marie, deux étudiantes en psychologie, ça ne pose pas de problème.

"Il n'y a pas de clivage entre les non voilées et les voilées, confient-elles pour RMC. On voit leur visage, on voit leurs yeux, on peut rigoler, on peut parler de tout. Ce ne sont pas des gens fermés d'esprit, au contraire, ce sont des gens super ouverts."

"Ça ne choque personne, ça ne nous dérange pas, il n'y a pas de problème. Pourquoi ça dérange Manuel Valls ?" s’interrogent-elles.

L'université, un lieu de liberté et de dialogue

Un point de vue que partage Jean-Loup Salzmann, président de la conférence des présidents d'université.

"L'université française est une des universités qui reçoit le plus d'étudiants étrangers, remarque-t-il pour RMC. On ne va pas aller les empêcher de venir parce que telle ou telle réglementation s'y opposerait."

Car selon lui, l'université est un lieu de liberté et de dialogue, non d'interdiction.

C.H.A. et Romain Poisot