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Spermatozoïdes fabriqués in vitro: "On peut enfin envisager de donner la vie"

Des chercheurs lyonnais affirment avoir réussi à créer des spermatozoïdes in vitro à partir de cellules souches testiculaires. Une première mondiale, selon eux, qui pourrait, si elle est confirmée, révolutionner le traitement de l'infertilité de milliers d'hommes comme Thomas, interrogé par RMC.

C'est une première mondiale et elle est française. L'institut de recherches Kallistem, dirigé par Philippe Durand (ancien directeur de recherche à l'Inra) et sa femme Marie-Hélène Perrard (chercheur au CNRS) a développé une technologie capable de créer des spermatozoïdes in vitro à partir de cellules souches provenant des testicules. Une avancée scientifique qui pourrait changer la vie de milliers d'hommes stériles, mais aussi d'enfants malades qui vont devoir subir des traitements de nature à altérer leur fertilité.

"Nous ciblons deux types de patients, explique dans Bourdin Direct, Philippe Durand. Tout d'abord, les petits garçons traités pour cancer avant la puberté. Très souvent, les traitements sont efficaces mais il y a beaucoup de chance que ces enfants deviennent ensuite stériles. Le but est donc de faire une biopsie testiculaire et de faire des spermatozoïdes in vitro que l'on congèlera et qui pourront être décongelés une fois que cet enfant aura envie d'être père".

"C'est vraiment énorme"

Mais cette avancée scientifique pourrait aussi résoudre "30 à 50% des problèmes d'infertilité masculine", ajoute Philippe Durand. Ce ne sera toutefois pas avant plusieurs années, sachant que les essais cliniques ne devraient pas commencer avant trois à cinq ans. Une bonne nouvelle tout de même pour Thomas, 24 ans. Ce jeune homme a appris sa stérilité à 20 ans après avoir commencé la radiothérapie et la chimiothérapie pour lutter contre une leucémie.

"Cela change tout, estime-t-il. On peut enfin envisager de vivre avec quelqu'un et de pouvoir donner la vie. C'est vraiment énorme! Des nouvelles comme ça, on en n'a pas tous les jours…". Et de poursuivre: "Cela ouvre la possibilité de donner la vie, une éducation, de voir un petit bout de chou grandir, de devenir papa…". Cependant, il nuance: "Avec cet espoir maintenant on peut tout envisager. Mais il faut arriver à le concrétiser. C'est donc bien donner de l'espoir mais il ne faut pas aller trop vite. Il faut prendre son temps et bien vérifier que ça fonctionne".