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Suicide assisté: "Ma situation personnelle, je m’en fiche éperdument," affirme Jean Mercier

TEMOIGNAGES - Jean Mercier, 88 ans, comparaît ce mardi devant le tribunal correctionnel de Saint-Etienne pour avoir aidé son épouse, dépressive depuis de longues années, à mourir. Un procès qu'il attend depuis des années.

La fin de vie encore une fois à la barre d'un tribunal. Jean Mercier, 88 ans, comparaît ce mardi à Saint-Etienne, dans la Loire, pour "non-assistance à personne en danger". En novembre 2011, il avait aidé sa femme Josanne, malade, à mourir chez eux, en lui donnant un verre d'eau et des médicaments. Ce n'est qu'après la mort de celle-ci qu'il avait appelé le médecin pour faire constater le décès.

C'est la première fois que l'octogénaire va s'expliquer devant un juge, après plusieurs reports d'audience et un non-lieu pour homicide involontaire. Un procès que Jean Mercier attend pour enfin s'expliquer et passer à autre chose.

"Ca fait quatre ans que j’attends", témoigne-t-il au micro de RMC. "Je me demandais s’ils n’attendaient pas que je sois mort pour ne pas avoir à s’occuper de moi". 

"Une entente avec mon épouse"

Un dossier sensible qui a aussi en toile de fond le cas de Vincent Lambert et l’affaire du docteur Bonnemaison, qui elles aussi portent sur la fin de vie et du droit de mourir quand on est malade ou handicapé.

"Ma situation personnelle, je m’en fiche éperdument", poursuit Jean Mercier. "J’aimerais mieux la relaxe, ça prouverait que l’on me déclare innocent, y compris de non-assistance à personne en danger. Mais comme je n’y crois pas du tout, cela m’est entièrement égal".

Atteinte de dépression depuis plusieurs années, l'épouse de Jean Mercier avait déjà fait plusieurs tentatives de suicide. Jusqu'au 10 novembre 2011, jour où son mari accepta de l'aider à décapsuler une quantité importante de médicaments et de lui apporter un verre d'eau, pour qu'elle les avale.

"Je leur dirai que c’était une entente que l’on avait faite avec mon épouse, depuis très longtemps, qui a été corroborée d’ailleurs pas de nombreux membres de mon entourage et je ne regrette pas", ajoute-t-il, l'air serein.

"On a notre conscience pour nous"

Une version confirmée par sa fille, Marie-Pierre Mercier.

"Depuis que je suis née, j’ai toujours connu ma mère dépressive, malheureuse", témoigne-t-elle au micro de RMC. "C’était une délivrance pour elle, une délivrance pour nous. Donc on a notre conscience pour nous".

Jean Mercier est donc tout d'abord poursuivi pour homicide involontaire, mais un non-lieu est prononcé. La justice le poursuit alors pour non-assistance à personne en danger, car il aurait dû avertir les secours dès la prise des médicaments.

Alors qu'un rapport avait été remis fin 2014 sur le sujet avant qu'une nouvelle proposition de loi soit âprement débattue au Parlement au mois de mars, le texte va de nouveau être discuté lors d'une deuxième lecture à l'Assemblée nationale les 5 et 6 octobre prochains.

C. P. avec Gwenaël Windrestin