RMC

Suicide de Jean Germain: "La goutte mortelle qui a fait déborder le vase"

Jean Germain s'est suicidé ce mardi

Jean Germain s'est suicidé ce mardi - GUILLAUME SOUVANT / AFP

ENQUETE RMC - Le sénateur socialiste Jean Germain, ancien maire de Tours (Indre-et-Loire), s'est suicidé mardi matin, peu de temps avant sa comparution devant le tribunal correctionnel de Tours. Quelles sont les raisons d'un tel acte? Plusieurs éléments laissent penser que la "chasse aux politiques" dont il parle dans sa lettre d'adieu s’était intensifiée ces derniers jours.

Jean Germain, 67 ans, ancien universitaire, fils de pâtissier, père de deux enfants, s'est donné la mort ce mardi dans le garage de son domicile à Tours, avec un fusil de chasse. Sénateur d'Indre-et-Loire depuis 2011 et ancien maire de Tours (1995-2014), il devait comparaître hier devant la justice dans l'affaire des "mariages chinois" organisés dans sa ville, entre 2007 et 2011. Selon son avocat, Dominique Tricaud, il a laissé deux lettres d'adieu, l'une à son domicile et l'autre dans sa voiture.

"Pris dans un étau dont il n'arriverait pas à se dégager"

Mais pourquoi ce geste? Pourquoi, alors qu’il préparait cette audience depuis des mois, alors qu’il clamait son innocence depuis le début, Jean Germain s’est-il suicidé le jour de l’ouverture du procès? Dans la lettre qu’il a laissée à ses proches, l’ancien maire de Tours écrit ceci : "Je sais le mal que je vais faire, la peine que je vais diffuser à tous ceux qui m'aiment mais on ne peut laisser la chasse systématique aux politiques se dérouler normalement, quotidiennement". Et plusieurs éléments laissent à penser que cette "chasse" s'était intensifiée ces derniers jours.

Ainsi, quelques jours avant le début du procès, Jean Germain aurait appris que le procureur s’apprêtait à requérir de la prison ferme contre lui. Une nouvelle aussi brutale qu’inattendue selon Dominique Tricaud, son avocat, interrogé dans Bourdin Direct: "Mercredi dernier, nous avons appris que le procureur de la République allait requérir une peine de prison ferme et qu'il s'en vantait dans toute la ville de Tours. Je crois qu'il a eu, à ce moment-là, le sentiment qu'il serait broyé. Que coupable ou innocent, il se trouvait pris dans un étau dont il n'arriverait pas à se dégager".

"Un traumatisme considérable"

Sur RMC, Olivier Pouvreau, journaliste politique à La Nouvelle République, avance la même hypothèse: "Ces derniers jours, il a appris qu'il pouvait être mis en prison. Cela a été la goutte mortelle qui a fait déborder le vase. C'est quelque chose qu'il n'a pas vu venir. Visiblement, cela a entraîné l'acte fatal… Il a tout accumulé et c'est sorti brutalement". Jean Germain n’aurait pas non plus supporté que la ville de Tours, qu’il a dirigée pendant près de 20 ans, se porte partie civile dans le procès. Un nouveau coup dur auquel il ne s’attendait pas du tout et qu'il a appris vendredi, à la veille du week-end de Pâques. "Le fait que cette ville, dont il est si proche, se retourne contre lui et le traite de voleur, cela lui a causé ce week-end un traumatisme considérable", estime son avocat sur RMC.

Dominique Tricaud qui n’hésite pas à parler de "mise à mort de son client", victime aussi de nombreux ragots. Mais, les journalistes locaux se défendent: oui, il y a eu des papiers, des accusations lancées mais depuis un an Jean Germain n’a jamais voulu s’expliquer. Il refusait notamment toutes les demandes d'interview du quotidien La Nouvelle République comme l'explique Jacques Benzakoun, le directeur adjoint du journal local. "Quand on lui tendait le micro, il refusait de s'exprimer. Il était extrêmement secret, prudent. Cela a donné une sorte de chasse à l'homme parce que les attaques étaient unilatérales et qu'il ne répondait jamais", avance-t-il dans Bourdin Direct.

Enfin, depuis un an et sa défaite aux dernières élections municipales, Jean Germain s'était muré dans le silence. Il était très affaibli selon un observateur local qui croit savoir que s'il n'y avait pas eu cette défaite électorale, peut-être qu'il n'y aurait pas eu ce drame.

Maxime Ricard avec Juliette Droz