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Suicide en direct sur Periscope: "On entend un gros bruit et c'est là qu'on comprend…"

TEMOIGNAGES RMC - Le parquet d'Evry, en Essonne, a ouvert mercredi matin une enquête sur les circonstances de la mort d'une jeune fille qui s'est jetée sous un train. Son suicide a été filmé et suivi en direct par plus d'un millier de personnes sur l'application Periscope.

Ce mardi, aux alentours de 16h30, Océane, une jeune femme de 19 ans, s'est jetée sur les rails du RER C tout en filmant son geste en direct sur l'application Periscope. Le drame, survenu à Egly, dans l'Essonne, où la victime s'était récemment installée, a été visionné en par plus d'un millier d'internautes. Un suicide que la jeune femme a volontairement mis en scène. En effet, elle a préparé son passage à l'acte dès mardi matin en postant plusieurs vidéos que nous avons pu visionner.

"C'est quand même choquant"

Dans ces films, Océane explique en direct aux internautes qu'elle va faire quelque chose vers 16h30, qu'elle attend un maximum de personnes pour suivre ce qu'elle appelle "un événement". Dans ces vidéos, la jeune femme de 19 ans évoque une vengeance contre son ex. En revanche, à aucun moment elle ne parle de suicide. A 16h00 mardi, toujours en direct sur Periscope, Océane sort de chez elle, un petit studio du centre d'Egly. Elle prend son parapluie, se dirige vers la gare et s'approche du quai…

Il est 16h29, Mattéo, 15 ans, était à ce moment-là sur Periscope. L'adolescent lui est à Lille, bien loin de l'Essonne. Mais il a tout vécu en direct. "On la voit approcher du quai, témoigne-t-il ce jeudi sur RMC. On entend un gros bruit et c'est là qu'on comprend… Enfin on comprend sans comprendre. C'est surtout quand on a entendu les voix des pompiers parler de traumatisme crânien que l'on a compris". "Je n'aurais jamais cru ça. C'est quand même choquant", ajoute-t-il.

"On entend des pompiers arriver"

Comme Mattéo, plus d'un millier d'abonnés ont suivi ce suicide en direct. C'est le cas aussi de Virginie: "On a entendu le train arriver, entrer en gare. On entend même l'alerte signalant son arrivée. On entend tout…, explique-t-elle sur RMC. A cet instant, elle dit que c'est le moment où l'on va savoir et elle a sauté dès que le train est passé à son niveau. Ensuite, cela reste en ligne. On voit le téléphone partir en l'air et atterrir sous le train ou à côté…"

Et de poursuivre: "A ce moment-là, on n'entend plus rien. Et seulement, plus tard, on entend des pompiers arriver et essayer de lui parler pour voir si elle réagit. Ils disent qu'elle n'a pas de pouls, qu'elle a sûrement des commotions cérébrales ou des trucs comme ça… On ne pensait pas du tout à ça. Personne ne devait penser à ça". Pourtant, selon nos informations, avant ce suicide en direct, la jeune femme aurait été victime, depuis plusieurs semaines, de cyber-harcèlement. La raison? Il y a un mois, son ex-compagnon aurait posté une vidéo d'elle sur l'application Snapchat mais aussi sur Facebook. Il s'agirait d'une sextape. Océane, elle, assurait qu'il s'agissait d'un viol.

"Elle a essayé d'en parler"

Le cyber-harcèlement aurait duré plusieurs semaines. Dans son direct mardi sur Periscope, Océane, quelques minutes avant de se jeter sous le RER, donne le nom et le numéro de téléphone de son ex-compagnon et demande alors aux internautes de la venger. "Elle a essayé d'en parler, assure Mattéo. Beaucoup de gens ne l'ont pas cru et ont préféré la rabaisser. Des gens ont fait tourner des photos, ont inventé des histoires. Des insultes tournaient, des montages sur elle circulaient mais personne ne connaîtra jamais la vraie histoire à part ses proches et sa famille".

Car la jeune femme n'a jamais porté plainte. En effet, la police n'a aucune trace de ce cyber-harcèlement. Pour le procureur, la seule référence à un abus sexuel est un SMS envoyé par la jeune femme à un ami pour lui parler de viol. Un SMS envoyé quelques heures avant son suicide. Mais, selon nos informations, sur Facebook, des groupes ont largement diffusé cette sextape. Des groupes dont la spécialité est le cyber-harcèlement. Des centaines de jeunes y postent des photos ou des vidéos volées et se déchaînent, sans être inquiétés. Certains groupes comptent près de 28.000 adhérents.

Maxime Ricard avec Céline Martelet