RMC

Supermarchés: la surveillance des caissières de plus en plus répandue

Dans le film La loi du marché, actuellement en compétition à Cannes et qui sort ce mercredi en salle, l'acteur Vincent Landon joue un vigile de supermarché chargé de surveiller les caissières pour mieux les licencier. Une fiction ? Pas vraiment, comme a pu le constater RMC.

Ce n'est pas que du cinéma. Comme dans "La loi du marché", film qui sort ce mercredi dans les salles et qui est actuellement en compétition au Festival de Cannes, il existe bien des salariés espions dans les supermarchés. Leur but : détecter les failles des caissières pour mieux les licencier. Dans le film, l'acteur Vincent Lindon interprète Thierry, un vigile d'hypermarché en charge de la vidéosurveillance dans les rayons. Il découvre rapidement que son poste consiste à espionner ses collègues pour les surprendre en train de voler et permettre au directeur d'avoir des motifs de licenciement. Cette pratique, méconnue, existe bel et bien. Elle est même très répandue dans les supermarchés, selon les syndicats.

"Je surveille tout le monde, les clients, le personnel et les caissières…"

Comme le personnage joué par Vincent Lindon dans le film, Mohsin est agent de sécurité dans un supermarché parisien et lui aussi doit espionner ses collègues. "Je surveille tout le monde, les clients, le personnel du site, les caissières…", confirme-t-il sur RMC. La technique ? "On se positionne derrière les caisses, ça fait de la dissuasion. Et les caméras de vidéo-surveillance sont positionnées au-dessus des caisses, pour surveiller les caissières. Dans certains magasins, elles sont bien cachées". "Ça nous arrive, de visionner les images des caméras de vidéosurveillance lorsqu'on est avec le directeur, mais ce n'est pas notre travail de les visionner", explique-t-il.

"Les caméras sont placées au-dessus des caisses"

Ces pratiques méconnues sont pourtant légales, comme l'explique l'avocat Sylvain Niel. "C'est légal sous trois conditions. Première condition: que cela ait été déclaré à la Cnil (Commission nationale de l'informatique et des libertés). Deuxième condition: que les représentants du personnel aient été consultés sur la mise en place de ces moyens de contrôle, et qu'on leur ait expliqué pourquoi ils ont été installés. Et troisième chose, il faut qu'il y ait un affichage qui informe les salariés de l'existence de cette vidéo-surveillance et de sa destination."

"Ça devient une surveillance de la productivité"

Et cette surveillance du personnel est de plus en plus répandue dans les supermarchés. "Ce sont des pratiques très répandues avec des caméras de plus en plus envahissantes, dénonce Karl Ghazi, secrétaire de la CGT-Commerce. C'est une source de stress supplémentaire, car ce n'est au bout du compte pas seulement une surveillance contre le vol, mais ça devient une surveillance générale des rythmes de travail et de la productivité (des caissières). Ça relève des méthodes de barbouzes".

Deux cas de surveillance généralisée ont fait la une de l'actualité ces dernières années: Ikea et Lidl. Une enquête est ouverte depuis 2012 à Versailles contre le géant suédois sur des soupçons de surveillance illicite. Et outre-Rhin, Lidl a été condamné à 1,5 million d'euros d'amende pour avoir fait surveiller des employés par des détectives. Mais au-delà de ces cas de surveillance à grande échelle, les cas particuliers sont également nombreux puisque rien que l'année dernière, 300 plaintes ont été déposées à la CNIL par des salariés pour dénoncer des systèmes de vidéo-surveillance.

Philippe Gril avec Victor Joanin