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Quand l'intelligence artificielle devient imbattable aux jeux de cartes

L'un des derniers bastions qui resistait aux algorithmes vient de tomber. L'intelligence artificielle était plus forte que les humains aux échecs, au jeu de go mais pas encore aux jeux de cartes. C'est désormais de l'histoire ancienne.

Les jeux de cartes résistaient encore et toujours aux algorithmes. Mais c'est de l'histoire ancienne. Il y a quelques jours, pour la première fois, une intelligence artificielle française a battu 8 champions mondiaux de bridge. 67 parties sur 80 ont été remportées par la machine contre des humains. C'est du jamais vu !

Il y a quelques mois c’étaient des champions de poker qui se faisaient battre à plate couture par un autre algorithme. Tout cela peut sembler anecdotique, mais c’est une vraie avancée dans le domaine de l’IA car ces jeux de cartes requièrent des qualités très humaines, très difficiles à reproduire par la machine.

Une intelligence artificielle qui déjoue la psychologie humaine

Aux échecs, c’est la puissance de calcul brut qui compte. Mais le bridge – ou le poker - ont un côté plus psychologique. Ce sont des jeux à information partielle, on ne sait pas quelles cartes à l’adversaire, donc il faut prendre des décisions dans un univers incertain. Il faut réagir en permanence en fonction de ce que fait l’adversaire ou des partenaires dans le cas du bridge. Il y a une notion d’intuition, de psychologie et ça pour une machine, c’est très compliqué.

Si on prend l’exemple du poker, il y a quelques mois, une équipe de joueurs professionnels ont affronté Libratus, une IA mise au point par des chercheurs de l’université Carnegie, aux Etats-Unis. Ils ont joué pendant trois semaines un total de 120 000 mains, pour avoir un échantillon représentatif, car au poker, la variance, autrement dit la chance, peut avoir un impact énorme à court terme. Au final, ils ont perdu l’équivalent d’1,76 millions de dollars.

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Des stratégies imprévisibles pour les humains

L'intelligence artificielle a deux gros avantages: d’abord, la machine ne se fatigue jamais et ne se met jamais en "tilt", c’est-à-dire ne s’énerve pas ni n’altère son jeu quand elle commence à perdre, ce que font tous les humains.

La machine a appris "toute seule": on lui a donné les règles de base du no limit hold em. Elle a joué contre elle-même, jusqu’à jouer de manière optimale. Ce qui fait que ses stratégies ont parfois complètement pris de court ses adversaires humains, en jouant un jeu très agressif qui peut décontenancer ou encore des mises parfois très étranges comme les "donk bets" qui sont considérés comme des erreurs de débutant, c’est-à-dire le fait de miser énormément de manière agressive pour gagner une mise dérisoire.

Du coup, la machine est bien meilleure que les humains pour bluffer. D’après ce qu’ont expliqué ses adversaires, le gros problème c’est que ses décisions sont complétement imprévisibles et sortent des schémas de la logique humaine.

Des IA pas seulement pour jouer

Une nouvelle génération d’algorithmes va arriver, non pas basés sur l’exploitation d’une énorme quantité de données (vision de Google, Facebook…) mais capables de prendre des décisions optimales avec des informations incomplètes. L’IA du bridge pourrait avoir des applications dans des domaines comme la santé comme sur la recherche sur les maladies rares, où on ne dispose pas de beaucoup de données, mais aussi dans l’aéronautique, l’éducation, la cybersécurité.

L’IA pour le poker intéresse beaucoup l’armée américaine par exemple, pour faire de la simulation militaire, puisque l’IA est capable de surprendre ses adversaires avec des stratégies déroutantes. Ces IA qui sont capables de raisonner à partir d’informations incomplètes pourraient aussi aider à faire des prévisions, on pourrait s’en servir dans les prévisions climatiques ou encore la compréhension du langage, mais aussi pour tricher sur les sites de poker. Ces bots automatisés pourraient permettre de gagner de fortes sommes d’argent en toute illégalité.

Anthony Morel (édité par MM)