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Terrorisme : les humoristes doivent-ils se censurer ?

DÉBAT – Y a-t-il des sujets à éviter ? Peut-on rire de tout dans notre société actuelle ? Faut-il se censurer ? Les humoristes Régis Mailhot, Philippe Geluck, Michel Leeb et Michel Boujenah se sont succédés ce vendredi dans Carrément Brunet sur RMC pour en débattre.

Éric Brunet en est persuadé: en matière d'humour, il y a eu un avant et un après 7 janvier. Depuis les attentats contre la rédaction de Charlie Hebdo, le journaliste d'RMC estime que les humoristes se censurent, et le regrette. Stéphane Guillon n'a-t-il pas admis : "Si on peut mourir pour un dessin, alors on peut mourir pour un sketch" ?

"Je comprends qu'on ait peur, c'est plus facile de critiquer Sarkozy" que de faire de l'humour sur les jihadistes, sur Daesh ou sur l'islam radical, reconnaît l'humoriste Régis Mailhot, invité ce vendredi de Carrément Brunet. Lui n'a pas de filtre, comme le prouve son livre de "définitions", Reprise des hostilités, (éd. Albin Michel). Extraits… Jihadiste: "métier passion où tu t'éclates. Secteur d'activité en pleine explosion" ; Daesh: "Manpower des banlieues, qui propose des stages de formation gratuits au Moyen-Orient" ; Qatar: "tirelire de la France, sans le cochon".

Provoquer ? Rire de tous les sujets ? "C'est notre rôle d'humoriste, estime Régis Mailhot. On fait du drôle avec du triste. Pendant la seconde guerre, dans les cabarets, on résistait par le rire".

"On a plutôt besoin d'un climat d'apaisement"

Un avis que ne partage pas du tout Benoît, un auditeur d'RMC, pour qui les humoristes devraient mettre la pédale douce en ce moment.

"On est dans une époque où il y a une tension extrême. On a plutôt besoin d'un climat d'apaisement actuellement et certaines personnes ne sont pas aptes à comprendre l'humour".

"La frontière est courte entre l'humour et la provocation. On n'est plus à l'époque de Thierry le Luron et Coluche, qui pouvaient se permettre pleins de choses. Un simple trait d'humour dans un spectacle pourra être repris sur les réseaux sociaux avec des millions d'insultes et de provocations".

"Comme on est dans une société qui va mal, les gens prennent tout au pied de la lettre, et ce qui peut être pris comme un simple trait d'humour par des gens qui ont l'esprit fin, sera pris par d'autres comme une provocation ou une stigmatisation". 

"Le second degré n'est pas compris par des tas de gens"

C'est là tout le problème, pour le dessinateur Philippe Geluck, qui appelle "à refaire de la pédagogie sur le second degré". "Selon moi le second degré est véritablement en danger parce qu'il n'est pas compris par des tas de gens, à cause des différences de culture ou d'éducation. Pourtant, ce n'est pas quelque chose de dégradant ni d'insultant". Mais il insiste: "On peut rire de tout et on doit rire de tout".

En tout cas, Michel Leeb, lui, n'a pas l'intention de mettre des filtres à son prochain one-man show, qu'il annonce pour l'an prochain. "Je continuerai à faire les accents belges, chinois ou africains sans complexes comme je l'ai toujours fait".

S'il juge "ce débat stérile et idiot", il reconnaît toutefois qu'aujourd'hui, "les communautarismes font que nous sommes obligés, en tout cas la majorité d'entre nous, de nous censurer", parce que "toutes les caricatures peuvent avoir des connotations extrêmes et peuvent blesser". 

"Il faut qu'on soit fin"

"La question n'est pas celle de la censure, c'est celle de l'intelligence", pense justement Michel Boujenah sur RMC. L'humoriste, qui officiait déjà dans les années 80 comme Michel Leeb, donc à une époque censée être moins crispée, prévient : "Il faut, nous humoristes, qu'on soit fin, intelligent, sincère. Parce que quand sous prétexte de démocratie et de liberté vous racontez et vous faites n'importe quoi, vous détruisez l'idée même de la liberté d’expression et de la démocratie".

Finalement, le vieil adage de Pierre Desproges semble toujours d'actualité : "On peut rire de tout, mais pas avec n'importe qui".