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Tiers payant étendu aux femmes enceintes: "C'est une mesure démagogique, je ne l'appliquerai pas"

Les médecins s'opposent à la généralisation du tiers payant.

Les médecins s'opposent à la généralisation du tiers payant. - Philippe Huguen - AFP

A partir du 1er juillet, les professionnels de santé peuvent proposer l'application du tiers payant aux femmes enceintes et personnes atteintes d'une affection de longue durée. Une mesure contre laquelle de nombreux médecins s'opposent.

Le tiers payant s'étend à partir de ce vendredi. Désormais, les médecins peuvent dispenser d'avance de frais les femmes enceintes et les patients atteints d'une affection de longue durée (ALD), comme le diabète par exemple. Si au 1er juillet, il s'agit d'une simple possibilité, au 31 décembre la dispense d'avance des frais deviendra un droit pour tous ces patients. Pendant ses deux grossesses, Nathalie aurait aimé éviter d'avancer tous ses frais médicaux.

"Même si la grossesse se passe bien, il y a énormément de rendez-vous à prendre, d'analyse à faire, d'échographies qui sont toutes très coûteuses et on est remboursé des mois après, ça peut être six mois, neuf mois après", explique cette maman sur RMC. 

Chantal, s'était tournée vers l'hôpital public et avait pu bénéficier du tiers payant. "J'avais rendez-vous tous les mois avec la sage-femme et je n'avançais aucun frais même avec le gynécologue, c'était bien pratique", reconnaît-elle. Sans ce tiers payant, Chantal aurait parfois hésité à venir consulter. "On se dit: il va falloir que j'avance, est-ce que j'ai le budget pour avancer ou pas. Et quand on l'a pas, on réfléchit à deux fois ou on reporte". 

"On applique déjà le tiers payant social"

Si les patients sont plutôt favorables à la mesure, ce n'est pas du tout le cas des médecins farouchement opposés au tiers payant généralisé. Plusieurs syndicats appellent à la désobéissance civile. Isabelle Chivilo, médecin généraliste à Clamart fait partie des médecins qui refuseront d'appliquer le tiers payant.

"C'est une mesure démagogique, je ne l'appliquerai pas. On applique déjà le tiers payant social pour ceux qui sont dans le besoin et puis il y a toujours la possibilité de décaler l'encaissement d'un chèque, tout le monde le fait", remarque cette généraliste.

Pour elle, le tiers payant ne doit pas être imposé aux médecins: "C'est à nous de choisir, au cas par cas, la façon dont on veut être réglé, ça ne doit pas être une obligation". Avec le tiers payant, le patient n'avance plus les frais, il est payé directement par la sécurité sociale et la mutuelle. Un fonctionnement qui va selon les médecins entraîner des retards de paiement.

"Nous le faisons pour une partie de nos patients et cela déjà nous prend du temps parce qu'on est obligé de regarder s'il n'y a pas d'erreur, si nous avons été bien réglé, si la carte vitale est à jour etc.", constate Jean-Paul Ortiz, président de la confédération des syndicats médicaux français (CSMF), premier syndicat de médecins libéraux.

"Des positions de principe et de corporatisme"

En plus des femmes enceintes, les patients atteints d'une affection de longue durée, des maladies qui nécessite un traitement prolongé particulièrement coûteux comme les diabétiques sont concernés par ce tiers payant ouvert au 1er juillet. Gérard Raymond, président de l'Association française des diabétiques ne comprend pas cette opposition des médecins.

"Nous sommes persuadés que ça va simplifier leur travail. C'est une question de centralisation du paiement, que ce soit par l'assurance maladie que ce soit par les mutuelles complémentaires. On est plus sur des positions de principe et de corporatisme", regrette-t-il.

Pour lui, cette mesure est bénéfique pour les patients qui en plus de leur pathologie doivent supporter une partie des frais de santé. "Les patients commencent à trouver un peu le temps long, nous avons un reste à charge très important, 1.200 en moyenne par personne", affirme Gérard Raymond. 

Mais les médecins n'en démordent pas, et selon Jean-Paul Ortiz du CSMF, le tiers payant engendre de la paperasse que n'ont pas à gérer les praticiens. "Lorsqu'un médecin fait une consultation, il doit être réglé sans qu'il y ait l'ombre d'une erreur. Nous ne voulons pas entrer dans une dérive bureaucratique pour tous les patients." Pour éviter les retards et les délais de paiement, la ministre de la Santé Marisol Touraine a annoncé jeudi que l'assurance maladie sera tenue de payer 1 euro de pénalité aux médecins si elle met plus de sept jours ouvrés à régler la consultation. Elle devra payer 10% de l'acte si elle met plus de neuf jours. 

Carole Blanchard avec Anaïs Bouitcha