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Tirs à La Castellane: "L'impression de ne pas appartenir à la France"

En marge du déplacement de Manuel Valls la semaine dernière à Marseille, des policiers ont été visés par des tirs de kalachnikov dans la cité sensible La Castellane. Depuis dans cette banlieue, la présence des forces de l'ordre est permanente, 24h/24 et 7j/7. Des policiers que les habitants redoutent de voir partir. Reportage.

Le quartier de la Castellane à Marseille est en état de siège. Depuis les tirs de kalachnikov le 9 février dernier au moment de la visite de Manuel Valls, les habitants de cette cité sensible du nord de la ville vivent sous protection renforcée. Les forces de l'ordre sont présentes en permanence, 24h/24 et 7j/7, afin d'assurer la protection des habitants, qui redoutent de les voir partir. A tel point qu'enseignants et parents d'élèves se sont constitués en collectif pour réclamer d’urgence plus de moyens pour leur sécurité.

"On redoute un peu le moment où les policiers vont partir car si un nouveau réseau veut s'installer et bien on aura à nouveau des affrontements violents et armés en pleine journée", témoigne sur RMC cette enseignante qui a souhaité conserver l’anonymat par peur des représailles. Elle ajoute être obligée de "donner comme consignes aux autres enseignantes, en cas de coups de feu dans la cité, d'allonger les enfants par terre. Des véritables consignes de 'guerre'".

"C'est de pire en pire"

Mais les recommandations ne s'arrêtent pas là. "Si les enseignantes rencontrent des gens armés lors d'une sortie scolaire, je leur dis de faire immédiatement demi-tour", poursuit-elle. Ou encore: "Le soir, quand nous fermons l'école, nous partons en convoi pour éviter qu'une enseignante ne se retrouve seule. Ce ne sont pas des consignes à donner à des institutrices".

Les tirs de kalachnikov ayant eu lieu à quelques dizaines de mètres de la cour de récréation, la crainte s'est aussi installée chez les parents d'élèves. C'est le cas d'Eddy membre du collectif qui redoute lui aussi une escalade de la violence. "On sait que dès que les policiers vont partir cela va redevenir comme avant, comme s'il ne s'était rien passé. D'autant plus qu'avant ça ne tirait que la nuit, maintenant c'est même en plein jour. Bref c'est de pire en pire".

"On va vivre comme ça combien de temps?"

Interrogée par RMC, Samia ne dit pas autre chose: "On se sent comme en situation de guerre. Normalement, on ne voit des kalachnikovs qu'à la télé. Ce n'est pas normal", assure-t-elle dans Bourdin Direct. Et de s'interroger: "On va vivre comme ça combien de temps?". Puis Samia s'emporte face à la situation quotidienne de La Castellane: "Quand il y a un médecin qui veut rentrer, il ne rentre pas. Quand un livreur vient, ils ne le laissent pas entrer. Quand un plombier vient faire des réparations, il est obligé de demander à se faire raccompagner à l'extérieur. Vous trouvez ça normal ?"

Autant d'exemples aux conséquences dramatiques puisque, comme l'avoue Samia, les habitants "ont l'impression de ne pas appartenir à la France parce qu'on est abandonné". Et de conclure: "On se bat pour notre liberté et celle de nos enfants". La situation est à ce point chaotique dans cette cité que plus de la moitié des enfants des écoles de la Castellane ont demandé à voir un psychologue scolaire après les scènes vécues le 9 février dernier.

Maxime Ricard avec Lionel Dian