RMC

Travail en prison: "On a l’impression d’être des esclaves", confie un ex-détenu

Un détenu dans sa cellule de la prison des Baumettes, à Marseille, en décembre 2012.

Un détenu dans sa cellule de la prison des Baumettes, à Marseille, en décembre 2012. - AFP

TEMOIGNAGE RMC - Mourad a passé 11 ans en prison entre 2003 et 2014, travaillant comme auxiliaire (service des repas et nettoyage des locaux) en étant payé 2 fois moins que ce qui était prévu dans les textes.

Le droit du travail doit-il s'appliquer aux détenus? C'est la question prioritaire de constitutionnalité (QPC) qu’examine ce mardi le Conseil constitutionnel, saisi par l'avocat d'un détenu qui dénonce le manque de règles pour encadrer aujourd'hui les droits des détenus qui travaillent.

RMC a recueilli le témoignage de Mourad, qui a passé 11 ans en prison, à Caen puis à Fleury-Mérogis, entre 2003 et 2014. Cet ex-détenu travaillait comme auxiliaire (service des repas et nettoyage des locaux) en étant payé deux fois moins que ce qui était prévu dans les textes.

"Ceux qui font le droit ne le respectent pas"

Depuis, il a porté plainte devant le tribunal administratif, qui lui a donné raison.

"On était payé, à peu près un euro de l’heure", témoigne-t-il au micro de RMC. "Au niveau du travail, c’est clair qu’on a l’impression d’être des esclaves. Nos droits ne sont pas respectés, ce qui est paradoxal. On nous demande de nous réinsérer quand on est en prison. Quand on voit que ceux qui font le droit ne le respectent pas, on a envie de se révolter".

Certains droits sont encadrés: les détenus sont censés touchés entre 20 et 45% du Smic horaire. Mais d’autres droits sont laissés à la libre interprétation des directions pénitentiaires. D'où des droits fondamentaux bafoués, selon l'avocat qui a saisi le Conseil constitutionnel: pas de repos hebdomadaire, de droit syndical ou d'arrêt maladie, ni chômage ni salaire minimum.

"Quand on est en prison, notre vie continue"

Les emplois du temps sont aléatoires, et les détenus travaillent parfois quelques jours par mois pour un salaire mensuel compris entre 100 et 200 euros.

"Quand on est en prison, notre vie continue", poursuit Mourad. "On a des enfants, on leur envoie de l’argent. On a des dépenses, on a la télévision à payer, la nourriture. On fournit un travail, ce qui serait bien, c’est qu’on soit payé normalement, comme tout le monde".

Une pétition signée par 254 universitaires appelle le Conseil constitutionnel à censurer le statut des détenus tel qu'il existe aujourd'hui, pour contraindre l'Etat à en créer un nouveau, avec plus de droits pour les détenus: pour eux, "le temps est venu de légiférer".

En cas de décision du conseil constitutionnel favorable aux détenus, le quotidien dans les prisons ne changerait pas tout de suite, mais l'Etat serait contraint de rédiger une loi plus précise, plus conforme au droit du travail et donc plus conforme à la constitution.

C. P. avec Victor Joanin