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Une greffe du foie m'a sauvé la vie, mais j'accepte que les gens ne veuillent pas donner leurs organes

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A partir du 1er janvier, tous les Français sont devenus des donneurs d'organes potentiels, sauf s'ils s'y opposent de leur vivant. Lucien Visari, 56 ans, a été greffé d'un foie il y a 7 ans. Un don qui lui a sauvé la vie. Aujourd'hui, il milite pour sensibiliser au don d'organes et pas un jour ne se passe sans qu'il pense à son donneur.

Lucien Visari, 56 ans greffé du foie.

"J'avais pris beaucoup de poids, et mon médecin a vu dans mes analyses que quelque chose n'allait pas. J'ai fait une échographie qui a montré que j'avais un problème au foie très avancé. Ça m'est tombé dessus par surprise. J'ai commencé à faire des comas à répétition. A l'hôpital, c'était la douche froide, on m'a annoncé franco le diagnostic. On m'a dit que mon foie était détruit à 70%, qu'il n'y avait pas beaucoup d'autre possibilité que la greffe mais qu'il ne fallait pas que je me fasse trop d'illusion. D'un coup on vous dit que vous allez mourir.

Quand on commence à aborder le sujet de la greffe c'est qu'il n'y a plus d'autre alternative. La greffe n'est pas un traitement, c'est le dernier recours, après il n'y plus rien. Quand on vous annonce que la seule possibilité c'est la greffe, c'est que vous êtes au bout.

Il faut un certain temps avant d'être inscrit sur la liste, il faut faire des examens. Je n'ai pas eu l'angoisse de l'attente parce qu'il fallait que je gère ma maladie au quotidien. J'étais quasiment un légume, j'étais quasiment au dernier stade de la cirrhose.

Lors de mon dernier coma qui a duré un mois et demi, j'ai été transplanté. On m'avait mis sur la liste d'urgence: tous mes organes étaient touchés, je venais de faire deux infarctus, mes reins s'étaient arrêtés, j'étais sous dialyse, la greffe c'était la dernière chance pour moi. J'étais en train de mourir.

La greffe m'a sauvé. Je me souviens très bien de mon réveil, 15 jours après la greffe, de la personne qui me dit que j'avais été greffé. Sur le coup, on ne comprend pas tout de suite, parce qu'on est encore dans la souffrance de la maladie, ça n'a pas eu de sens les premiers temps. J'ai pris conscience petit à petit qu'il y avait eu un avant et un après la greffe.

"Après la greffe, vous n'êtes plus la même personne"

Je pense tous les jours à mon donneur. Tous les jours, je le remercie un petit peu. Et de temps en temps quand on a une petite douleur, on se dit 'tiens, il se réveille'.

Quand on accède à la greffe, on est naturellement obligé de changer. Vous n'êtes plus la même personne. Notre esprit est plus ouvert, on est changé. C'est une nouvelle existence. Moi j'ai changé radicalement de vie. J'avais une vie assez stressante, j'étais un commercial plutôt bien côté, je gagnais très bien ma vie, je profitais de la vie. Et puis ça s'est arrêté. J'ai repris mes études à plus de 50 ans, je suis devenue sophrologue, j'ai vraiment changé de vie.

Certains greffés ont un optimisme débordant, on cherche à aider autant qu'on a été aidés. Aujourd'hui, je milite dans des associations pour sensibiliser les gens au don d'organes. J'accepte que les gens ne veuillent pas donner leurs organes, le but n'est pas de convaincre les gens mais de les sensibiliser".

Propos recueillis par Paulina Benavente