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Une hache sous le lit, 18 parapluies, une corde à nœuds sur son balcon… malgré mes tocs, je suis heureux

Edouard Moradpour

Edouard Moradpour - -

Edouard Moradpour a la soixantaine et une brillante carrière de publicitaire derrière lui. Il publie ce jeudi son cinquième livre Moi, Edouard, vieux garçon, maniaque et fier de l'être! (éditions Michalon), dans lequel il raconte comment malgré ses tocs, ses tics et ses manies, il est parfaitement bien dans sa peau. Pour RMC.fr, il livre quelques anecdotes de sa vie quotidienne.

Edouard Moradpour, auteur de Moi, Edouard, vieux garçon, maniaque et fier de l'être! (éditions Michalon):

"J'ai écrit ce livre pour dire que l'on peut être très bien dans sa peau, heureux, souriant, malgré les tocs (Troubles obsessionnels compulsifs). C'est ça l'idée de ce livre, de dire que même quelqu'un qui en a plein comme moi peut très bien vivre sa vie. En France, il y a deux à trois millions de personnes qui ont des tocs plus ou moins graves. Il y en a qui ont vraiment besoin de médicaments, de consulter des psychiatres, de prendre des antidépresseurs… Eux ne peuvent même pas vivre parce qu'ils passent 10-12 heures, voire plus, à répéter les mêmes rituels.

Mais la grande majorité, près de 80% des gens, en ont honte, les cachent, rasent les murs, essayent de faire en sorte que personne ne les remarque. Ils ont la double peine: la souffrance des tocs et la souffrance du regard des autres. C'est pour eux que j'ai fait ce livre parce que c'est quand même un handicap invisible qui n'est pas reconnu en France et qui est souvent source de moqueries. Mon but est de le rendre public, de dire que moi je n'en ai pas honte. Je les assume, je prends de la distance, je les traite avec autodérision, avec humour.

127 articles dans sa trousse de toilette et 17 tapis persans

Mes premiers tocs datent de l'enfance, je m'en souviens très bien. A table, quand on m'apportait quelque chose de bon, avant même de manger je demandais à ma mère s'il y en avait encore dans la cuisine. C'est la peur de manquer. Autre toc: ma mère m'a avoué que vers 7-8 ans je n'arrêtais pas de compter et recompter les pièces que j'avais dans ma tirelire. Ça c'est le toc de vérification, un toc très répandu. Ça a donc commencé dans l'enfance et ensuite ça se diversifie, ça s'intensifie et ça se ramifie. Les tocs se complexifient pour donner des choses absolument insensées et drôles.

Par exemple, moi, j'ai une corde à nœuds attachée à mon balcon en cas d'incendie. J'ai aussi une trousse de toilette avec 127 articles dedans. J'ai 17 tapis persans alors que je ne suis pas forcément fan de tapis. J'ai 18 parapluies, une hache sous mon lit, des boîtes de chocolat vides, ou encore conservé quarante ans de sacs plastique...

"Que mes tocs me servent dans la vie de tous les jours"

Mais, pour pouvoir vivre avec tous ces tocs, il faut prendre de la distance. Il faut prendre du recul et travailler dessus. Soit on a besoin de quelqu'un: un psychologue, un psychiatre, des réunions de groupe… qui vous aident à vous en sortir. Moi, je n'en ai pas eu besoin, j'ai fait de l'auto-thérapie. En quelques semaines, grâce à quelques exercices, je suis arrivé à diminuer progressivement certains de mes tocs. Par exemple, au début, je fermais ma porte cinquante fois. Je suis passé à quarante, puis trente, puis vingt, puis dix jusqu'à arriver à une ou deux. Finalement, une fois qu'on a bien mémorisé que la porte est fermée, ce souvenir est marqué dans le cerveau donc je n'ai plus besoin de vérifier ou peut-être une fois.

Une fois ce n'est pas bien grave: les tocs deviennent gênants seulement quand ils vous envahissent. Moi, j'ai essayé de faire en sorte que mes tics et mes tocs me servent dans ma vie de tous les jours. Ça a pris quelques mois ou années mais, aujourd'hui, les tocs sont à mon service. Je les ai apprivoisés, domptés. Ils me rassurent, me donnent une vie sereine. C'est le cas de la corde à nœuds dans ma chambre par exemple. Je sais qu'elle est là et je dors tranquillement. Je suis rassuré.

"Des tocs 'made in Russia'"

De même, certains tocs, notamment d'organisation ou de prévision, m'ont énormément aidé dans ma vie professionnelle. Parce que pour bien diriger une boîte, il faut être organisé, précis, méticuleux, ne rien laisser passer… J'ai passé vingt ans à Moscou. J'ai travaillé là-bas comme publicitaire, j'y ai créé des agences de pub juste après la chute de l'URSS. Et, sur place, il y a des tocs très intéressants, des tocs 'made in Russia', qui circulent et j'en ai ramené quelques-uns par imitation.

Par exemple, les Russes, avant de partir en voyage, s'assoient chez eux pendant trente secondes, en silence, pour que le voyage se passe bien. Forcément, en ayant vu ça pendant vingt ans, je l'ai ramené avec moi. Désormais, avant de partir en voyage, je m'assieds trente secondes. Un Russe ne rentre jamais chez lui s'il a claqué la porte parce que ça porte malheur. Je fais de même. Au cas où, il existe un anti-toc qui consiste à frapper trois fois du pied pour éloigner le malheur. Ce que je fais aussi."

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- © Editions Michalon
Propos recueillis par Maxime Ricard