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Vidéo de Vincent Lambert: "Ils ont bien fait, il faut assumer le handicap"

En France, entre 1 500 et 1 700 personnes seraient aujourd'hui dans la même situation que Vincent Lambert, placées dans des unités spécialisées, alimentées par une sonde alimentaire et un système d'hydratation artificielle. Que pensent leurs familles de la vidéo diffusée ce mercredi? Témoignages.

Lorsque Christine a vu la vidéo de Vincent Lambert dans sa chambre du CHU de Reims le 5 juin dernier et censée démontrer qu'il réagissait à des stimulations de son entourage, elle été frappée par les similitudes avec sa fille Estelle, qui souffre de la même pathologie. "Quand je vois la vidéo de Vincent, je vois mon quotidien. Cela me rappelle la situation de ma fille, assure-t-elle sur RMC. Sur le lit, nonchalance, pas de sourire, les yeux qui clignotent dans tous les sens sans savoir ni comment, ni pourquoi… A quelques choses près, c'est le même regard".

"Il n'y a rien d'horrible"

En France, entre 1 500 et 1 700 personnes seraient aujourd'hui dans la même situation que Vincent Lambert, placées dans des unités spécialisées, alimentés par une sonde alimentaire et un système d'hydratation artificielle. Et pour Christine, cette vidéo n'a rien de choquant. Pour elle, la mère de Vincent Lambert a eu raison de soutenir sa diffusion. "Ils ont bien fait, il faut assumer le handicap, affirme-t-elle. Pourquoi on ne pourrait pas mettre une photo ou une vidéo de Vincent? J'en mets de ma fille… Pour moi, la mère a raison", affirme-t-elle.

Et d'insister: "C'est le genre de vidéo qui fait comprendre aux gens comment est vraiment Vincent. Pourquoi le cacher? Il a son visage naturel, les gens voient son regard… Il n'y a rien d'horrible. C'est un être humain comme un autre, sauf qu'il est allongé, tétraplégique". Récemment la fille Christine a fait de gros progrès et cligne notamment des yeux pour communiquer. "Un clignement c'est 'oui'. Deux, c'est 'non'. Trois, c'est 'je ne sais pas'. Quatre, c'est 'tu m'embêtes' (rires)… Ça elle sait bien le faire maintenant (rires)." Des progrès que les internautes peuvent constater dans les vidéos diffusées sur les réseaux sociaux.

"Que les gens se rendent compte…"

Les membres de la famille qui ont diffusé la vidéo reçoivent un autre soutien ce jeudi sur RMC. Celui d'Olivier, père de Célia qui, à 5 ans, a subi un traumatisme crânien et condamné à vivre, selon les médecins, dans un état neurovégétatif. "Ils nous ont dit que notre fille allait devenir un légume. On nous a tout le temps parlé d'actions-réflexes, que sa situation n'allait pas évoluer, que c'était figé. Mais, pour nous, en la voyant ouvrir et cligner des yeux, c'était signe de relation", témoigne-t-il.

Ainsi,12 ans après, Célia aurait fait beaucoup de progrès. C'est pourquoi pour ce père de famille, Vincent Lambert continue d'avoir ses chances: "Il faut bien que les gens se rendent compte vraiment de son état de conscience… Il y a toujours un espoir et je comprends sa maman qui s'accroche à cet espoir". D'autres familles n'auraient, en revanche, jamais diffusé de telles images. C'est le cas de Marc dont la fille a eu un accident cérébral en 1996. Suite à cela, elle a sombré dans un état neurovégétatif et passé deux ans dans un centre spécialisé avant de mourir.

"Ça ne sert à rien"

Si la vidéo de Vincent Lambert a remué beaucoup de souvenirs en lui, il estime que le combat des parents est vain. "J'ai des photos de ma fille et franchement je ne les aurais pas diffusées, garantit-il, assez remonté. Notre fille, quand elle était, on allait la visiter tous les jours. On pensait qu'elle allait s'en sortir: elle nous regardait, elle battait les paupières… Mais ça ne sert à rien".

Et de se souvenir d'une situation bien particulière, quelque peu difficile à vivre: "Un jour, on l'avait installée dans un fauteuil pour aller la promener. Je la revois avec ses mains complètement tordues et la tête des gens me regarder en se disant 'il ne se rend pas compte de l'état de sa fille'…"

Maxime Ricard avec Anaïs Denet et Elodie Messager