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Zemmour et les prénoms: "On fait de l’état civil un support d’identité"

Eric Zemmour en novembre 2015 à Paris.

Eric Zemmour en novembre 2015 à Paris. - BERTRAND GUAY / AFP

Invité lundi de LCI, Eric Zemmour continue de s’attaquer… aux prénoms. ''Donner un prénom qui n’est pas français à son enfant, c’est se détacher de la France", explique le journaliste, qui plaide pour une loi obligeant les parents à choisir un prénom sorti du calendrier français. Ce serait faire de l’état civil "un support d’identité nationale" explique Baptiste Coulmont, maître de conférences à Paris 8 et auteur de Changer de prénom. De l’identité à l’authenticité.

Ce que dit la loi aujourd’hui: "On ne peut pas s’y opposer"

"Le choix des parents est entièrement libre. Quand on déclare un prénom à la naissance, ce prénom est inscrit sur l’acte de naissance. L'officier d'état civil ne peut pas s’y opposer. Ça date de la loi de 1993. Si l’officier d’état civil pense qu’il y a un problème, il peut avertir le procureur de la République. Et si lui aussi trouve qu’il y a un problème, il va saisir un juge. Donc chaque année il y a des prénoms qui sont interdits a posteriori par un juge. Il y a eu un cas avec un enfant qui s’appelait Titeuf: deux ans après, la cour d’appel a dit que ce n’était possible. Mais c’est assez rare. En ce moment, il y a une loi en discussion au Sénat, sur le changement de prénom. Il va être beaucoup plus facile. Il pourra être fait sur déclaration. Aujourd’hui, il faut payer un avocat, passer par un juge."

Comment les parents choisissent: "On l’a trouvé dans Madame Bovary ou dans Plus Belle la Vie"

‘’Les parents donnent d’abord un prénom qu’ils aiment. Ca a l’air trivial de dire ça mais ce n’était pas le cas au 19e siècle. Avant, il était transmis, c’était un marqueur d’inscription dans la famille. Le bébé recevait le nom de son parrain ou de sa marraine. Les gens s’appelaient Louis, Jean ou Simon de père en fils ou de grand-père en petit fils. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Pour la grande majorité des naissances les parents vont choisir un prénom qu’ils aiment.

"Un petit garçon qui s’appelle Kevin au début des années 90 a plus probablement des parents ouvriers que cadres"

Et le goût que l'on peut avoir pour les couleurs ou les films dépend de la position sociale au sens large: la profession, l’origine démographique, la religion. Un petit garçon qui s’appelle Kevin au début des années 1990 a plus probablement des parents ouvriers que cadres. Au final, les parents ne vont jamais choisir un prénom qu’ils n’aiment pas, mais ils peuvent dire plein de choses: "c’est un prénom qu’on a trouvé dans Madame Bovary" disent les uns ou dans Plus Belle la Vie diront les autres.’’

Le rapport à l’identité nationale et aux origines: "Si le prénom dit quelque chose, c’est sur nos parents"

"Cette idée de lier le prénom à l’identité nationale, c’est quelque chose qu’on voit depuis la fin du 19e siècle. Prenez Mozart. Il est né dans une famille catholique, donc il est baptisé avec des prénoms catholiques, donc latin. Il ne s’appelle pas Wolfgang, il s’appelle Joannes Chrysostomus. Mais comme il est en Autriche-Hongrie, la langue c’est l’Allemand et ses prénoms latins ont été tout de suite transformés en prénom allemand. Et quand Mozart passe d’un pays à l’autre, son prénom est aussi traduit. Quand il va en Italie il s’appelle "Wolfgango Amadeo". Ce n’est plus le cas aujourd’hui (sauf pour les Papes): on ne traduit pas l'état civil. Mais l’état civil est parfois vu comme un support d’identité. Alors que c'est un moyen d’assurer l’existence légale des personnes. Depuis plusieurs décennies on en fait un support d’identité, avec l’idée qu'il doit raconter des choses sur nous. Nous voyons apparaître des personnes qui veulent inscrire leur histoire personnelle dans les catégories de l'état civil ou contraindre d'autres à s'inscrire dans les catégories de l'état civil. Mais l'état civil n’est pas vraiment prévu pour ça. Gardons de plus en tête que le prénom échappe aux individus qui le portent, il a été choisi par quelqu'un d’autre. S’il dit quelque chose c’est sur nos parents."

Antoine Maes