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Damien, éleveur laitier: "Bosser 80 heures par semaine pour même pas un smic, on se dit qu'on est cons"

Damien, 32 ans, a décrit ce jeudi dans 100% Bachelot son quotidien d'éleveur laitier. Avec son épouse, ils travaillent près de 80 heures par semaine sans même pouvoir se dégager deux smic.

Au bout de la crise, agricole, le suicide. Les derniers chiffres du rapport que vient de dévoiler l'agence nationale de santé publique sont terribles: en 2010 et en 2011, il y a eu près de 360 suicides d'agriculteurs. C'est 20% de plus que dans le reste de la population. L'Agence reconnaît elle-même qu'il est difficile de donner un décompte exact, d'autant que ces chiffres remontent à plusieurs années, avant la crise que traverse l'agriculture aujourd'hui, principalement dans le secteur laitier. C'est pourquoi certaines associations évoquent plutôt de 500 à 600 suicides par an.

"Tout le monde est dans la merde"

Damien, éleveur laitier de 32 ans, dans les Hautes-Alpes, a témoigné ce jeudi dans 100% Bachelot de la difficulté au quotidien du métier. Comme dans le reste de la France, son département est touché par la crise agricole, quelle que soit la filière (bovine, ovine ou laitière). "Tout le monde est dans la merde", regrette-t-il. "Avec ma femme, nous ne faisons pas l'équivalent de deux smic par mois pour 80 heures par semaine". Et pas question de s'octroyer un peu de relâche quand on est éleveur laitier. "Ceux qui élèvent des bovins ou des ovins pour la viande bénéficient de techniques qui permettent de se libérer du temps et d'avoir son dimanche soir par exemple à consacrer à sa famille. Nous, dans le laitier, on est d'astreinte tous les jours : noël, jour de fête, mariages, enterrements… on doit être présents sur l'exploitation. C'est pesant. Et au bout d'un moment, quand on n'arrive qu'à prendre un smic et demi à deux, quelque part on se dit : 'on est cons ou on est cons'. Et il y a des éleveurs qui mettent la clé sous la porte parce qu'on arrive plus à gérer ça". 

P. Gril avec Roselyne Bachelot