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De "très fortes probabilités" de pénuries de gaz en Europe selon Philippe Chalmin

Malgré la réouverture du gazoduc Nord Stream 1 par la Russie, l’horizon énergétique de l’Europe n’est pas au beau fixe selon Philippe Chalmin, économiste et professeur à l’Université Paris Dauphine. Une pénurie de gaz en Europe est notamment très probable à ses yeux.

Alors que le gouvernement, par la voix de son porte-parole Olivier Véran, a de nouveau demandé aux Français un “effort citoyen” en vue de consommer moins d’énergie, le risque de voir s’abattre une pénurie d’énergie, de gaz notamment, en Europe à l’hiver prochain est élevé.

C’est en tout cas l’avis de Philippe Chalmin, professeur d’histoire économique à l’Université Paris Dauphine et spécialiste dans le secteur de l’énergie: "Au niveau européen, il y a de très fortes probabilités (de pénurie)". Selon lui, dans ce contexte de guerre entre la Russie et l’Ukraine, "c’est sur le gaz que la Russie prend le moins de risque, et c’est le point de faiblesse de l’Europe. Donc si Poutine veut peser sur l’opinion publique européenne, sur certains gouvernements (...), c’est en nous chatouillant sur le gaz qu’il a la stratégie la plus évidente".

L’exemple le plus récent en date sur le sujet, c’est celui du gazoduc Nord Stream 1, qui alimente l’Allemagne en gaz naturel russe. Après une dizaine de jours de fermeture totale, les vannes ont été partiellement rouvertes ce jeudi matin.

Selon Philippe Chalmin, cette fermeture temporaire n’était pas anodine pour les Russes. “Je pense que les Russes jouent avec nos nerfs, donc ils ont fermé pendant 10 jours pour un controle technique prévu à l’avance, ils avaient dit que peut-être ils allaient avoir des problèmes, finalement ils l’ont rouvert ce matin. Maintenant il faut tenir compte d’une chose, c’est qu’à priori ils ne l’ont rouvert qu’avec 40% de la capacité (...)”.

Des restrictions sur les entreprises et les administrations?

Dans cette éventualité d’une coupure nette et totale de l’approvisionnement en gaz russe de l’Europe, “on serait obligé de faire des délestages, au moins dans un certain nombre de pays. Cela veut dire qu’il faudrait probablement rationner l’usage du gaz, probablement ne toucherait-on pas aux ménages, mais on serait obligé de limiter l’utilisation du gaz et de l’électricité” explique Philippe Chalmin.

“Il peut y avoir, même si c’est moins le cas en France car nous avons une moindre dépendance au gaz après avoir fait le choix du nucléaire, certaines industries qui devront réduire la cadence. Mais d’autres ne peuvent pas: dans l’industrie du verre, notamment en Allemagne qui utilise énormément de gaz, si vous arrêtez un four, le verre contenu dedans se solidifie et le four est fichu. (...) Donc certaines industries continueront de fonctionner, d’autres non”, détaille le professeur de l’unviersité Dauphine.

Au-delà de la question de quantité disponible de gaz pour les européens, le sujet du prix du gaz est l’autre élément de questionnement pour le professeur Chalmin. Car “même si nous sommes obligés de réduire un petit peu l’utilisation de gaz et donc d’électricité dans un certain nombre de pays, de toute façon le prix du gaz risque de flamber. (...) Pour l’instant les ménages français ne se sentent pas du tout concernés, il y a un bouclier et la commission de régulation de l’énergie qui fixe le prix du gaz et nous avons aussi EDF qui nous fait bénéficier de tarifs largement inférieurs. Mais déjà les entreprises payent leur gaz et leur électricité au prix du marché, il n’y a que les ménages qui sont protégés. En France ils le sont, dans un certain nombre de pays aussi, mais par exemple au Royaume-Uni ce n’est pas le cas et les hausses de prix ont été considérables”.

L’effort citoyen, est-ce vraiment utile?

Dans ses recommendations, le gouvernement a demandé aux citoyens français de petits efforts à réaliser chez soi pour contribuer à cette économie nécessaire d’énergie, comme de couper sa box internet lorsqu’on ne l’utilise pas, de débrancher sa TV lorsqu’elle est en veille…

Pour le professeur Chalmin, ce n’est pas forcément l’élément le plus important qui permettra aux pays européens de réduire leur consommation d’énergie.

“La commission européenne a donné un objectif d’arriver à réduire la consommation de gaz et donc indirectement d’électricité de 15% sur les huit mois à venir. Ils ont bien dit que dans un premier temps ce serait volontaire, et que si on n’y arrivait pas on rentrerait alors dans une logique de contrainte. Je ne pense pas qu’on y arrivera au niveau des ménages, par contre il y a un effort à faire au niveau des administrations, des entreprises”, explique Philippe Chalmin.

Alexis Lalemant