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Antiterrorisme: "Les juges ne sont pas des irresponsables absolus, l'erreur existe"

Serge Portelli, magistrat à la Cour d'appel de Versailles était l'invité des Grandes Gueules lundi.

Serge Portelli, magistrat à la Cour d'appel de Versailles était l'invité des Grandes Gueules lundi. - -

L'un des terroristes de Saint-Etienne-du-Rouvray, fiché S bénéficiait d'une libération conditionnelle, une décision de justice controversée depuis l'attentat. Serge Portelli, magistrat à la Cour d'appel de Versailles a toutefois tenu à assurer lundi dans les Grandes Gueules qu'elle n'avait pas été prise à la légère.

Le placement sous bracelet électronique d'Adel Kermiche, l'un des terroristes de Saint-Etienne-du-Rouvray est "un échec" pour Manuel Valls. Un constat que partage après coup Serge Portelli, magistrat à la Cour d'appel de Versailles. "Personne ne dit que cette affaire est une réussite", indique-t-il dans les Grandes Gueules. Pour autant, le magistrat se met à la place des 4 juges intervenus dans cette décision et comprend le sens de celle-ci.

"Le juge d'instruction qui prend une décision aussi grave et aussi importante que de remettre sous contrôle judiciaire un individu qui est dans une affaire de terrorisme, je vous assure qu'il prend ses précautions, il interroge l'intéressé, il prend des renseignements auprès de la famille, il discute avec son avocat, il y a eu tout un travail de préparation pour voir si c'est faisable ou pas", explique-t-il. 

Une décision qui n'a rien à voir selon Serge Portelli avec une forme de laxisme des juges, accusés de laxisme notamment à l'extrême droite.

"Les juges ne sont pas des irresponsables absolus, défend le magistrat (...). Les juges qui sont là-dedans, ce ne sont pas des enfants de choeur. Ce sont des gens qui ne font que ça, qui connaissent tout ça par coeur. Mais des fois on se trompe, et c'est tragique."

Le magistrat "n'a pas de formule magique"

La semaine dernière, Manuel Valls recommandait dans une interview au Monde à ce que les magistrats aient "une approche différente" des dossiers concernant le terrorisme au regard notamment "des pratiques de dissimulation très poussées des jihadistes". La magistrate qui avait examiné le dossier d'Adel Kermiche avait motivé sa décision de remise en liberté estimant que le jeune homme avait "pris conscience de ses erreurs". Apportant des garanties familiales, il avait également exprimé son désir de "reprendre" sa vie normale après deux tentatives pour rejoindre la Syrie. "On est face à des gens qui peuvent nous mentir", constate Serge Portelli pour qui il ne s'agit toutefois pas d'une "découverte".

"Les jihadistes, comme les autres mentent. C'est assez facile de dire je suis parti, je ne pense plus à ça, je n'ai plus envie de me faire sauter. Mais est-ce que vous connaissez un logiciel pour savoir s'il ment ou s'il ne ment pas? C'est précisément le métier du juge, mais on n'a pas encore la formule magique", fait remarquer Serge Portelli. 

Face à ces individus à risque, fichés S, des élus de droite proposent de les placer en centre de rétention. Le magistrat rappelle que la fiche S constitue "un signalement" à partir d'information qui doivent être vérifiées, "ça ne veut dire en aucun cas que cette personne a commis un acte". Pour lui, cette mesure pourrait également avoir des effets négatifs sur la lutte anti-terroriste. "Si vous mettez tous les gens qui ont une fiche S en détention, vous tuez le renseignement. La fiche S, c'est ce qui va permettre de faire des liens, de faire progresser un certain nombre d'enquêtes."

C. B avec les Grandes Gueules