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"Avant c'était trois gifles, aujourd'hui c'est une rafale": "Génération Kalach", l'enquête choc dans les quartiers nord de Marseille

Pour le spécialiste du grand banditisme Jérôme Pierrat, le climat se dégrade à Marseille où les règlements de comptes sur fond de trafic de drogue se multiplie. Et l'action des forces de l'ordre est inefficace.

Malgré la visite en grande pompe d’Emmanuel Macron début septembre, la situation sécuritaire ne s’améliore pas à Marseille. Une personne a été tuée et deux autres ont été blessées le 21 septembre dernier lors d’une fusillade dans un quartier du nord de la ville.

Le 8 septembre deux autres personnes avaient été tuées dans deux fusillades distinctes. Des fusillades sur fond de trafic de stupéfiants qui gangrène la cité phocéenne et que les discours politiques et les visites présidentielles n'arrivent pas à endiguer.

Et la situation est de plus en plus violente alerte le journaliste Jérôme Pierrat, spécialiste du grand banditisme et auteur de "Génération kalach" une enquête dans les quartiers nord de Marseille à retrouver sur RMC Story.

"Quand vous avez un conflit ou un différent commercial dans ces quartiers, vous le réglez avec la violence. Mais ça s'est banalisé. De générations en générations, les auteurs se sont rajeunis", explique-t-il ce mercredi sur le plateau des "Grandes Gueules".

"Avant c'était 3 gifles, aujourd'hui c'est une rafale". Et il déplore les annonces répressives et les plans gouvernementaux successifs: "Il y a des supermarchés de la drogue à ciel ouverts", rappelle-t-il alors que le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin est en guerre contre le cannabis et les trafiquants de drogue et ne veut surtout pas entendre parler de légalisation.

"Le ministre n'aurait pas dû poser cela en enjeu politique. Il ne va rien solutionner, il ne va pas gagner ce combat, tout le monde l'a perdu avant lui. S'attaquer aux points de deal ne sert à rien. Vous en démantelez un, les dealers changent juste d'endroit. Et dans 8 mois, Gérald Darmanin n'aura rien réglé du tout", prédit Jérôme Pierrat.

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Et les trafiquants sont dans un rapport "de bande à bande" avec la police. "L'Etat a perdu tout crédit dans ces quartiers. A la cité de la Castelanne dans les quartiers nord, des trafiquants avaient tiré sur un équipage de la Bac le jour de la visite de Manuel Valls alors ministre de l'Intérieur", rappelle le journaliste, qui constate une dégradation du climat sécuritaire et déplore le manque de solution alors que la violence qui augmente entraîne toujours plus de violences.

"Il y a un espèce d'effet de groupe, de meute, d'entraînement qui transforme en bête féroce. Les auteurs de violences que j'ai pu rencontrer sont tous plutôt gentils quand ils sont seuls. Il y a une sorte de banalisation de la violence à force de baigner dans la criminalité. Ils considèrent que les gens qu'ils tuent sont eux-mêmes des tueurs et connaissent les risques du métier", raconte Jérôme Pierrat.

Depuis le début de l'année, 16 personnes ont trouvé la mort dans des règlements de comptes sur fond de trafic de drogue à Marseille et dans les villes voisines, selon la Préfecture de police des Bouches-du-Rhône. Après une première visite début septembre, Emmanuel Macron est de nouveau attendu dans la cité phocéenne le 15 octobre prochain.

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G.D.