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Marseille: face aux habitants des quartiers nord, Emmanuel Macron ne veut pas "faire de fausses promesses"

Le président de la République, en déplacement à Marseille, est allé à la rencontre des habitants des quartiers nord. S'il l'ont bien accueillis, ils craignent une opération de communication ajoutant avoir envie de croire en une action de l'Etat.

Accueilli par le maire Benoit Payan à l'hôtel de Ville lors de son premier jour de visite à Marseille, le président de la République a pu entendre quelques "Macron démission" lancés par des manifestants. L'accueil a été beaucoup plus chaleureux ensuite dans la cité Bassens, dans le XIV arrondissement où le chef de l'Etat a osé un long bain de foule avec les habitants. 

Dès sa descente de voiture, Emmanuel Macron est acclamé par des jeunes, surtout, venus à sa rencontre. Il est aussi interpellé par plusieurs habitants des quartiers Nord, comme Mohamed, un éducateur: "Apparemment vous allez débloquer des fonds pour ces quartiers dits sensibles, il faudrait une traçabilité de tout ça. Et l'éducation est primordiale, il faut miser dessus pour aps que ces jeunes dérivent", lui lance-t-il.

"Il y a un grand enjeu. Les yeux sont sur Marseille en ce moment. Il faut faire évoluer la ville. Mais comme beaucoup d'habitants j'ai perdu espoir. Les politiques, surtout à Marseille, on n'a plus confiance en eux. À eux de montrer qu'ils sont à l'image du peuple", appelle Mohamed, quelques minutes après au micro de RMC.

Quelques dizaines de mètres plus loin, Emmanuel Macron passe plusieurs minutes devant trois femmes, des habitantes, visiblement désemparées, de la Cité Bassens: "On veut partir", répètent-elles. Le président tient la main de l'une d'elle de longues minutes avant d'entrer dans un local associatif, pour échanger plus au calme: "J'espère que vous allez mettre de l'argent sur Marseille, pour nos écoles, pour nos logements", lui lance une femme. 

Pendant plus d'une heure, assis sur un canapé, devant un plateau de pâtisseries installées sur une table, Emmanuel Macron écoute des représentant d'associations des quartiers nord: "Cela ne sert à rien de venir avec un plan qui vient de Paris, fait dans un avion ou je ne sais où. Il faut que ce plan, vous le construisiez avec nous", lance Amine, dont le frère a été tué dans un règlement de comptes.

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"Les politiques, surtout à Marseille, on n'a plus confiance en eux"

Pendant tous ces échanges, les mots du président sont rares. Il dira avoir été ému, touché par les discours à la sortie. Ses interlocuteurs, eux, ressortent rassurés, réconfortés par l'attitude d'Emmanuel Macron: "Des personnes autour prenaient des notes", explique à RMC Amine. "C'était important qu'aujourd'hui, au-delà de nous écouter, de nous faire croire que l'on nous écoute, que des choses aient été écrites et des numéros pris, que le Président ait été très attentif à notre situation", ajoute-t-il.

Cette attitude a même rassuré Zahra Tir, la présidente de l'association des femmes de Bassens: "Je sais que c'est bientôt la campagne présidentielle et les élections, mais je n'ai pas pensé à ça, il avait l'air d'être sincère. Il a écouté les mamans endeuillées, il a pris des photos avec les jeunes, je pense qu'il fera quelque chose pour Marseille et les quartiers Nord".

"On a tous peur que ce soit une opération de communication avant les élections, ça fait partie du monde politique, mais il vaut mieux y croire pour un meilleur espoir", veut croire Nasser, un habitant du quartier.

"Il y a un grand enjeu. Les yeux sont sur Marseille en ce moment. Il faut faire évoluer la ville. Mais comme beaucoup d'habitants j'ai perdu espoir. Les politiques, surtout à Marseille, on n'a plus confiance en eux. À eux de montrer qu'ils sont à l'image du peuple", appelle Mohamed, quelques minutes après au micro de RMC.

Faire quelque chose, oui, mais Emmanuel Macron a préféré resté prudent avant de quitter la cité Bassens: "Je ne veux pas faire de fausses promesses. Je veux essayer de dire: 'quel est le problème que nous avons en face de nous, où doit-on aller et comment on va le faire étape par étape'. On ne va rien lâcher mais le problème est immense". Un problème immense qui ne sera quoiqu'il arrive pas réglé avant l'élection présidentielle l'année prochaine.

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Martin Bourdin et Lionel Dian (avec Guillaume Dussourt)