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Jacqueline Sauvage toujours en prison: "Hollande a juste fait sauter le verrou de sûreté"

Eva Darlan espère que Jacqueline Sauvage sera bientôt libérée.

Eva Darlan espère que Jacqueline Sauvage sera bientôt libérée. - -

Cinq mois après la grâce partielle accordée par François Hollande à Jacqueline Sauvage pour le meurtre de son mari violent, la détenue n'est pas encore libérée. Une situation qu'a dénoncé Eva Darlan, membre de son comité de soutien dans les Grandes Gueules mercredi.

Fin janvier, François Hollande avait décidé d'accorder "une remise gracieuse" de peine à Jacqueline Sauvage. Une décision après une forte mobilisation partout en France d'anonymes et de personnalités dénonçant sa condamnation à dix ans de prison pour le meurtre de son mari, après 47 ans de violence conjugale. Cette remise de peine de deux ans et quatre mois permettait à Jacqueline Sauvage de pouvoir prétendre à une libération conditionnelle. Mais cinq mois plus tard, Jacqueline Sauvage est toujours derrière les barreaux.

"La justice est lente et la grâce était partielle, résume Eva Darlan dans les Grandes Gueules. Si Hollande avait fait une grâce totale, elle serait sortie immédiatement"

"Il y a eu comme un petit soulèvement populaire"

La comédienne, membre du comité de soutien de Jacqueline Sauvage ne remet pas en cause "la compassion" de François Hollande dont elle sait "qu'il a été touché par cette histoire". Mais elle regrette qu'il ne soit pas allé au bout de sa démarche, tout en sachant que le chef de l'Etat avait promis lors de sa campagne qu'il n'utiliserait pas la grâce présidentielle.

"Hollande a fait une grâce partielle, comme ça il est sorti la tête haute d'une situation qui était un peu ennuyeuse. A l'international il y avait des articles, particulièrement dans le New York Times. Les femmes étaient quand même très fâchées. Il y a eu comme un petit soulèvement populaire", constate-t-elle.

Mais pour Eva Darlan, François Hollande a uniquement "fait sauter le verrou de sûreté". Dans les faits, même si Jacqueline Sauvage est libérale, elle doit depuis janvier suivre tout une procédure qui prend du temps.

"Il y a des experts psychiatres qui se penchent sur le cas de Jacqueline Sauvage. Ensuite une fois qu'elle a passé l'expertise psychiatrique, elle doit passer devant la commission pluridisciplinaire des mesures de sûreté. Ensuite il faut présenter son dossier devant le tribunal d'application des peines et c'est là qu'il y a un encombrement terrible", constate Eva Darlan. 

La pression médiatique "agace les juges"

Face à la lenteur de la justice que subit Jacqueline Sauvage, Olivier Truchot s'interroge aussi sur le rôle des juges. "Il y a des gens qui ont estimé qu'elle devait faire de la prison, des magistrats ont remis en cause la grâce présidentielle en disant que ce n'était pas normal qu'il puisse effacer une condamnation", note-t-il. 

Un constat que fait également Eva Darlan qui s'interroge dans le même temps sur "la pression médiatique" autour de l'affaire qui a pu "agacer les juges". Elle dit comprendre cette position au regard du dossier dans lequel elle reconnaît que le camp Sauvage manquait d'éléments sur les violences qu'elle a subies.

"Il n'y a pas de preuve de ce qu'elle dit, il n'y a pas de témoin. Elle dit qu'elle a été battue, violée, humiliée pendant 47 ans non stop et ses filles pareil. Face à ça, la justice a besoin de preuves, sinon c'est de la compassion. Face à ces non preuves, la justice dit attendez, on va remettre les choses à plat", admet-elle.

Mais pour Eva Darlan, les juges ont pu manquer d'humanité lors des procès et auraient pu en limitant sa condamnation, lui éviter de retourner en prison grâce aux aménagement de peine. "Elle a quand même été condamnée à 10 ans de prison ferme deux fois (...). Elle aurait pu être condamnée à 9 ans et demi et elle n'aurait pas eu tout ce pataquès, on serait revenu à des libertés conditionnelles normales. A 6 mois près il a fallu qu'on fasse cette demande de grâce", regrette-t-elle encore. 

Carole Blanchard avec les Grandes Gueules