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Kepel: "Dire que j'ai assimilé les électeurs FN et Daesh, c'est se foutre du monde!"

Invité du Grand Oral des Grandes Gueule, ce mardi sur RMC, le spécialiste de l'islam Gilles Kepel s'est défendu d'avoir comparé les électeurs du Front national au groupe jihadiste de l'Etat islamique. Marine Le Pen n'a "pas compris ce que j'ai écrit", s'est-il agacé.

"Quelqu'un qui veut être candidat à la présidence de la République tweete des choses pareilles?" Gilles Kepel est longuement revenu, ce mardi dans le Grand Oral des Grandes Gueules sur RMC, sur l'affaire des photos d'exactions perpétrées par Daesh, tweetées la semaine dernière via le compte de Marine Le Pen.

"Là, c'est quand même un problème", a-t-il déploré. "C'est terrible de faire cela. Ce sont quand même des êtres humains. On ne peut pas jouer avec ça!" En postant ces clichés très choquants, la patronne du Front national - imitée dans la foulée par le député frontiste Gilbert Collard - entendait protester contre des propos que le spécialiste de l'islam aurait tenu sur le plateau de la matinale de RMC, en établissant, selon elle, "un parallèle" entre Daesh et le Front national.

"Hystérisation"

"S'ils veulent tweeter, s'ils veulent répondre, ils sont les bienvenus", a répondu l'auteur de Terreur dans l'Hegaxone, qui vient de paraître chez Gallimard. "La seule condition que je mette, c'est qu'ils aient lu le livre et qu'ils sachent de quoi ils parlent. Mais je ne suis pas sûr que Mme Le Pen et M. Collard sachent de quoi ils parlent".

Pour Gilles Kepel, "ils ont souhaité régler des comptes avec Jean-Jacques Bourdin". "Il y a une espèce de phénomène d'hystérisation", a-t-il dénoncé. "Peut-être à la suite d'une attente très forte des dirigeants du front, qui étaient quand même convaincus qu'ils allaient remporter des régions". "Il y a une façon presque compulsive de tweeter", ajoute-t-il. "Ils n'ont pas compris ce que j'ai écrit".

"C'est se foutre de la gueule du monde"

Et de se livrer à une longue explication de texte:

"Ce que j'ai remarqué dans le livre, c'est que vous avez à la fois dans les vidéos de recrutement au jihad (…)et les vidéos ou les espèces de constructions du monde de Soral et de sa tête de gondole, Dieudonné, j'ai remarqué qu'elles étaient 'congruantes'. Ca veut dire qu'elles se ressemblent, leur structure narrative, leur manière d'avoir une vision paranoïaque du monde, de réclamer la destruction de la 'presse menteuse', de la 'caste'. Et on s'en est éveillé et on se projette, soit dans l'Etat islamique, soit dans un identitarisme exacerbé".

"Mais dire que j'ai dit que les 6,8 millions de Français qui ont voté pour le Front national et que Daesh, c'est la même chose, évidemment c'est se foutre de la gueule du monde", s'est-il agacé. "Si j'écrivais une chose pareille, il faudrait m'enfermer en asile psychiatrique".

C. P.