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L'objectif du Qatar est de développer un islam politique proche des frères musulmans en Europe

A travers leur nouveau livre, les journalistes Georges Malbrunot et Christian Chesnot expliquent comment le Qatar investit massivement en France et en Europe par le biais d'une association.

"On connaissait le Qatar pour le PSG, les grands hôtels. Et là, on découvre que le Qatar est aussi actif dans des financements religieux": depuis des années, le Qatar investit massivement en Europe et notamment en France. Hôtels, sport, immobiliers... Le pays du Moyen-Orient est de plus en plus présent. Selon les journalistes Georges Malbrunot du Figaro et Christian Chesnot de France Inter, les investissements qataris concernent également le domaine du religieux. 

Dans leur livre, Qatar Papers, Comment l’émirat finance l’islam en France et en Europe, les deux journalistes expliquent avoir découvert à travers les comptes détaillés d’une ONG qatarie, nommée Qatar Charity, que le pays a investi plusieurs millions d’euros, dont 30 en France, dans près de 140 projets à travers l’Europe. 

"Les vrais objectifs de Qatar Charity est de renforcer la conscience islamique des communautés musulmanes, enraciner et développer l’islam politique, c’est-à-dire un islam proche des Frères musulmans qui est en quelque sorte l’ADN du Qatar", explique George Malbrunot au micro des Grandes Gueules.

Emmanuel Macron, plus ferme que ses prédécesseurs 

Des investissements qui se font de manière très discrète au point que même les autorités françaises ne sont pas au courant ou que partiellement: "On est allé voir l’Elysée, et eux, estimaient plutôt à 13, 14 millions l’investissement en France. Alors que c’est 30 millions", affirme Christian Chesnot. 

Alors comment réagissent les autorités face à ces investissements massifs? Selon George Malbrunot, jusqu’à l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir, "il y avait une certaine bienveillance vis-à-vis du Qatar". Il pointe notamment du doigt Nicolas Sarkozy, réputé comme très proche de l’émir.

"Nicolas Sarkozy a été l’artisan de l’arrivée du Qatar en France. On raconte dans le livre le premier appel téléphonique entre Emmanuel Macron et l’émir Tamim. Déjà, il l’a fait attendre une semaine avant de le prendre au téléphone et il lui a dit ‘d’accord pour établir un partenariat stratégique, mais je ne veux plus de financement sur mon territoire sans que je le sache et vous allez m’aider à lutter contre ça’", précise le journaliste du Figaro

Un projet d'entrisme

Dans ce livre, les deux journalistes donnent par ailleurs un certain nombre d’exemples très précis de financement occulte, comme pour lycée musulman, à Décines, dans la métropole lyonnaise. Ce lycée, qui est un des plus grands de France avec 500 élèves, a été mis sur pied dans des conditions compliquées.

"Le terrain était toxique parce qu'il y avait des usines. Les autorisations ont été données facilement. Juste à côté vous avez ce centre culturel-mosquée, qui est un des plus grands de France qui a coûté quatre millions d’euros. Et on s’aperçoit que les financements arrivent par des biais compliqués. Souvent, on nous dit, ce sont les fidèles qui financent les constructions de ces institutions. On s’aperçoit qu’il y a une partie des fidèles qui, mais comme on nous disait 'c’est le muguet qui finance le Parti communiste', on sait que les fidèles ne peuvent pas financer 3, 4, 5 millions", affirme Christian Chesnot. 

Pour les deux journalistes, ces investissements massifs et occultes prouvent qu’il y a de la part du Qatar un projet d’entrisme en Europe.

Guillaume Descours