RMC

Le port du masque en extérieur ne sert à rien: le coup de gueule de l'épidémiologiste Martin Blachier dans les Grandes Gueules

DOCUMENT RMC - Selon l'épidémiologiste sur le plateau de RMC, très peu de contaminations se font en extérieur, d'après plusieurs études.

Après un troisième confinement débuté, il y a plus de trois semaines, le gouvernement a annoncé la semaine dernière que le début du déconfinement va débuter le 3 mai avec la fin de la règle des 10 kilomètres. Un déconfinement qui, si la situation sanitaire le permet, devrait permettre la réouverture des lieux culturels ainsi que des terrasses à partir de la mi-mai.

>> A LIRE AUSSI - Macron annonce des réouvertures de restaurants "par étapes": voici le calendrier prévu

Pour l’épidémiologiste Martin Blachier, pour que le virus continue de reculer, il faut inciter les Français encore plus à se voir en extérieur, notamment en reculant l’heure du couvre-feu.

“On devrait dire aux gens de se retrouver dehors plutôt qu’à l’intérieur. On le sait, c’est l’étude de l’institut Pasteur qui l’a montré, les contaminations se font à l'intérieur. Elles se font au travail, d’ailleurs c’est le seul effet qu’à eu ce confinement, c’est que les gens pour garder leurs enfants ne sont pas allés travailler. 
Je vous garantis que si on met le couvre-feu à 20h au lieu de 19h, les gens pourront se retrouver en extérieur et ça aura un effet positif sur l’épidémie”, indique-t-il.

Pas de contamination en extérieur

Il précise que les rassemblements en extérieur même s’ils sont importants ne posent pas de problème. Il assure d’ailleurs ne pas être du tout inquiet vis-à-vis des images de la fête organisée au parc des Buttes-Chaumont à Paris ce week-end.

“Il y a un récent papier qui est sorti dans la revue The Lancet qui dit que la contamination de ce virus-là se fait par l’air. Et les physiciens disent que si elle se fait par l’air, elle ne peut pas avoir lieu en extérieur. Quand vous avez obligé les gens à porter le masque pendant un an en extérieur, il faut préparer l’opinion publique pour leur dire qu’en fait, ça ne servait à rien. Tous les épidémiologistes interrogés disent que ça ne sert à rien”, appuie-t-il.

>> A LIRE AUSSI - INFOGRAPHIE - Covid-19: les variants sud-africain et brésilien sont-ils vraiment en recul en France?

Les masques sont-ils nécessaires à l'extérieur? Ce que disent les experts

Pour mieux comprendre ce qu'avance Martin Blachier, il faut s'appuyer sur l'exemple des Etats-Unis. De nombreux passants ou cyclistes parcourent déjà les grandes villes américaines en portant un masque, même en étant éloignés les uns des autres. Pourtant, certains Etats américains, comme le Maine, continuent d'ailleurs d'exiger le port du masque sur les chemins de randonnée et sur les plages. Et la question de l'utilité de telles mesures est débattue par les experts. Comme en France. 

Il est beaucoup plus sûr d'être dehors

Les scientifiques ont beaucoup appris sur le Covid-19 depuis le début de la pandémie. Ils savent désormais que les surfaces ne jouent pas de grand rôle dans la transmission du virus et que désinfecter à outrance est un gaspillage de temps et de ressources. De nombreux experts considèrent en revanche que la transmission de la maladie est aérienne. Elle se propagerait principalement via de fines particules qui restent en suspension dans l'air pendant une certaine durée, et non par les gouttelettes émises par une toux ou un éternuement, qui tombent rapidement au sol.

C'est pourquoi il est beaucoup plus sûr d'être à l'extérieur qu'à l'intérieur, estime Jose-Luis Jimenez, un expert des aérosols, professeur à l'université de Colorado Boulder, interrogé par l'AFP. 

"Il est beaucoup plus dangereux d'être à l'intérieur parce que les murs, le plafond et le sol piègent l'air", notamment en cas de mauvaise ventilation, explique-t-il à l'AFP. "L'extérieur est beaucoup moins risqué parce qu'il y a plus d'air en mouvement" et que l'air qu'on expire s'élève, notamment quand il fait chaud.

Mais cela ne veut pas dire qu'il n'y a aucun risque, ajoute-t-il. De la même façon que l'on est susceptible d'inspirer une partie de la fumée de la cigarette de son voisin qui fume à l'extérieur, il est possible d'être contaminé par le Covid-19 si l'on reste longtemps à proximité d'une personne infectée, même dehors. 

Quels sont les risques d'infection? 

On compte désormais plusieurs études sur les risques de contamination à l'extérieur. En octobre dernier, des chercheurs chinois ont publié une enquête dans la revue Indoor Air, dans laquelle ils compilaient des informations sur 7.324 cas, dont l'endroit où le virus avait été transmis. 

Sur les plus de 7.000 cas, un seul concernait une transmission à l'extérieur: un villageois de 27 ans infecté en janvier 2020 après une conversation dehors avec une personne contaminée, près de Shangqiu, dans la province du Henan. Plus récemment, le journal Irish Times a demandé aux autorités sanitaires irlandaises combien des 232.164 cas recensés dans le pays au 24 mars 2021 avaient été contaminés à l'extérieur. La réponse a été 262 cas, soit à peine 0,1% du total. 

Il est possible que cette estimation soit exagérée, étant donné que les autorités se sont basées sur des informations non vérifiées d'activités extérieures -- comme un emploi dans la construction ou la pratique d'un sport -- mais certaines personnes concernées ont aussi pu avoir participé à des rassemblements à l'intérieur. 

"Quand je fais mon jogging dans mon quartier..."

Donald Milton, professeur à l'université du Maryland et l'un des pionniers de la science des aérosols, conseille d'éviter les foules à l'extérieur, notamment lorsqu'il est prévu de crier ou chanter comme lors d'un match, un concert ou une manifestation, et s'il n'y a pas de vent. Mais il ne pense pas que porter un masque en permanence à l'extérieur soit nécessaire.

"Quand je fais mon jogging dans mon quartier, où les maisons sont espacées d'au moins 10 mètres et qu'il n'y a que quelques personnes qui promènent leurs chiens et des enfants qui jouent dans des jardins, je garde mon masque dans ma poche", confie-t-il. "Je ne peux pas courir très longtemps avec mon masque", explique-t-il. "Si je m'arrête pour parler à des gens, je peux le mettre. Si je marche avec des amis, je le porte."
Guillaume Descours